« Représenter Israël au Québec est un honneur et un défi »
Entretien avec Eliaz Luf, nouveau consul général d’Israël à Montréal
Par Elias Levy
Être un diplomate israélien aujourd’hui est sans doute une gageure. Tout en rappelant que sa mission diffère de celle des autres diplomates dans le monde, Eliaz Luf, nouveau consul général d’Israël à Montréal et pour les provinces de l’Atlantique, entré en fonction à la fin de l’été, est très fier de représenter son pays dans l’arène diplomatique.
« Représenter Israël, défendre sa légitimité et expliquer sa réalité, ce n’est pas toujours facile, surtout quand des manifestants survoltés ou certains professeurs dénigrent Israël à coups de propos mensongers. Mais depuis mon premier jour au ministère des Affaires étrangères, je considère cette mission comme un grand honneur », nous a-t-il confié dans son bureau du consulat général d’Israël, à Westmount, où il a accueilli chaleureusement La Voix sépharade.
Eliaz Luf a à son actif une vaste expérience diplomatique acquise depuis son entrée dans les services diplomatiques d’Israël en 1995. Ce natif de Haïfa a servi à Varsovie et à Mexico, avant d’occuper diverses fonctions au ministère israélien des Affaires étrangères, dont celle de directeur du cours des cadets. De 2010 à 2014, il a été chef de mission adjoint à Ottawa. De 2020 à 2024, il a dirigé la Division des relations internationales au ministère de l’Innovation.
La période que nous vivons est particulièrement difficile pour Israël sur l’échiquier diplomatique.
La guerre à Gaza a été longue et très rude. Beaucoup ont oublié que ce n’est pas Israël qui l’a déclenchée, mais une organisation terroriste islamiste dont l’obsession maladive est de nous annihiler. L’ampleur de la propagande anti-israélienne est impressionnante. Celle-ci est organisée, financée et coordonnée par des États et des institutions qui soutiennent inconditionnellement le Hamas et ses séides. Cette propagande haineuse a un objectif bien précis : imposer un récit alternatif, comme le slogan « Free Palestine », en omettant que ce conflit a débuté par une attaque du Hamas d’une brutalité inouïe. Israël n’avait pas d’autre choix : il devait se défendre.
Le contexte est très tendu, mais j’espère que la trêve instaurée à Gaza à la mi-octobre favorisera un apaisement progressif. Nous espérons tous que le plan de paix américain ouvrira la voie à des perspectives plus prometteuses.
Ce conflit a-t-il eu un impact négatif sur les relations entre le Québec et Israël ?
Non, pas vraiment. Les relations avec le Québec demeurent excellentes et solides. Nous sommes très reconnaissants envers le gouvernement du Québec et le premier ministre, François Legault.
Malgré les pressions émanant de certains milieux, le Québec a maintenu et même renforcé son Bureau en Israël, en ajoutant du personnel supplémentaire. Un geste fort, surtout dans le contexte actuel, qui témoigne d’une amitié sincère et d’une vision claire du grand potentiel de coopération entre le Québec et Israël.
Malgré deux ans de guerre, l’économie israélienne demeure vigoureuse : la Bourse de Tel-Aviv nous surprend chaque jour par ses excellentes performances, signe que les investisseurs misent sur le long terme ; le shekel est robuste ; les start-up israéliennes continuent de croître… Ce sont des preuves manifestes de la résilience et de l’esprit créatif d’Israël.
Dans quels domaines Israël souhaite-t-il approfondir sa coopération avec le Québec ?
L’économie et l’innovation sont au cœur de notre relation. Plusieurs secteurs clés de l’économie québécoise ont connu un développement impressionnant ces dernières années : l’intelligence artificielle (IA), la cybersécurité, l’aéronautique, les technologies propres, etc. Israël, de son côté, est reconnu mondialement comme une start-up nation excellant dans les secteurs de pointe de la haute technologie. Cette complémentarité crée une synergie naturelle entre le Québec et Israël.
J’ai rencontré des représentants d’Investissement Québec et d’autres acteurs économiques majeurs québécois. Ils m’ont présenté des projets fascinants. Je crois sincèrement que le potentiel de coopération entre Israël et le Québec n’a pas encore été pleinement exploité.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement du Québec a ouvert un bureau à Tel-Aviv. Il a compris que l’univers israélien de la recherche, de la science et de l’innovation offre de grandes opportunités.
Le Québec et Israël ont déjà conclu un accord scientifique bilatéral. Des entreprises québécoises et israéliennes collaborent dans divers domaines : les technologies médicales, la cybersécurité, l’énergie, l’agriculture durable, etc. Le Bureau du Québec à Tel-Aviv facilite ces échanges.
Pour le gouvernement du Québec, ce bureau à Tel-Aviv offrira également un accès plus direct aux pays arabes limitrophes d’Israël.
Certainement. Malgré les conflits dans la région, les opportunités économiques y sont considérables. Les accords d’Abraham ont inauguré une nouvelle ère au Moyen-Orient. Nous avons aujourd’hui des vols directs quotidiens entre Tel-Aviv et Abou Dhabi (7 par jour assurés par la compagnie aérienne émiratie Etihad Airways), ainsi qu’avec Dubaï, Bahreïn, l’Égypte et la Jordanie. Le Moyen-Orient n’est plus une région autarcique comme autrefois.
Plusieurs pays musulmans, comme les Émirats arabes unis, ont compris que la coopération avec Israël est bénéfique pour l’ensemble de la région. Ils considèrent désormais que la paix et la coopération avec Israël offrent un avenir plus prometteur que la guerre.
C’est cette vision que nous voulons partager avec nos partenaires québécois.
Plusieurs syndicats et groupes sociaux québécois sont très propalestiniens. Comptez-vous établir un dialogue avec eux ?
Israël est toujours prêt à dialoguer. Mais si certains refusent toute discussion et ne cherchent qu’à exprimer de la haine, il n’y a pas de base commune pour amorcer un dialogue constructif. Malheureusement, certains groupes refusent le moindre contact avec nous. C’est le cas du parti Québec solidaire. C’est regrettable. Mais nous sommes confiants, car nous savons que la société québécoise chérit le dialogue et les débats respectueux.
Le gouvernement du Canada a reconnu récemment l’État de Palestine. Comment percevez-vous cette décision ?
C’est une erreur grave. Le Canada a reconnu un État qui, en réalité, n’existe pas encore. Le moment choisi, deux ans après les atrocités perpétrées par le Hamas le 7 octobre 2023, est inopportun. Cela revient à récompenser le terrorisme. Je ne vois aucun bénéfice pour le Canada. Cette démarche ne favorise pas la paix, elle envoie au contraire un mauvais signal. Les États-Unis, eux, tablent sur une diplomatie active et un dialogue concret. Les gestes symboliques à l’ONU ne font qu’alimenter les tensions les plus extrêmes. Cette décision a, bien sûr, un impact négatif sur les relations entre nos deux pays, malgré l’amitié ancienne et profonde qui nous a toujours liés.
À Montréal, la situation sur les campus universitaires est très tendue. Quelle est votre perception de ce problème ?
Ce qui se passe dans certaines universités de Montréal, surtout dans les établissements anglophones, est inacceptable. Des étudiants juifs se font insulter, menacer, parfois même agresser. Ce n’est plus un débat d’idées, c’est une intimidation intolérable.
Les universités doivent remplir l’une de leurs principales missions : assurer la protection de leurs étudiants. Personne ne devrait avoir peur d’aller étudier à cause de son identité, de sa religion ou de ses convictions.
Les autorités universitaires montréalaises doivent se montrer plus fermes afin de rétablir un climat plus sain.
Quand vous étiez en fonction à l’ambassade d’Israël à Ottawa, aviez-vous des contacts avec la communauté juive de Montréal ?
Non, je connaissais bien celle d’Ottawa. La communauté juive de Montréal m’a impressionné par son grand dynamisme, son esprit d’unité coriace et son admirable engagement à l’égard d’Israël. Ce soutien sans faille est très important pour Israël, particulièrement en ces temps si difficiles.
J’ai rencontré les dirigeants de plusieurs organisations de votre communauté et visité des synagogues et des écoles juives.
C’est une communauté vibrante, très bien intégrée dans la société québécoise, et qui contribue notoirement au développement du Québec et du Canada.
J’ai rencontré aussi les organisateurs du Festival Sefarad de Montréal. J’attends avec impatience l’édition 2025 du Festival du cinéma israélien de Montréal, qui se tiendra en novembre. Je suis arrivé récemment, et il y a eu ensuite les fêtes juives. Je compte rencontrer prochainement les leaders de la communauté sépharade du Québec.
Souhaitez-vous adresser un message à notre communauté ?
Mon message : continuez à être fiers, à défendre vos valeurs, à faire entendre votre voix et à bâtir des ponts avec les autres communautés. Ne vous laissez pas intimider par ceux qui propagent la haine d’Israël. Restez forts, unis et confiants.
La force morale de la communauté juive du Québec est une source d’inspiration pour Israël.
