La relève sépharade canadienne s’affirme à Jérusalem
Le centenaire de la Fédération Sépharade Mondiale
Par Virginie Soffer
« Au cours des sept dernières années, la Fédération sépharade du Canada (FSC) s’est attachée à se réinventer et à insuffler un nouvel élan à la Fédération sépharade mondiale (FSM) dans son ensemble. L’un des piliers de cette démarche est de développer une nouvelle génération de Sépharades non seulement fiers de leur héritage culturel, mais également désireux de le redécouvrir. Pour nourrir cette soif de connaissance, quatre jeunes adultes de Montréal ont été invités à participer au centenaire de la FSM, qui s’est tenu à Jérusalem deux jours avant le 39 ᵉ Congrès sioniste – comme ce fut déjà le cas en 1925 », explique Avraham Elarar, président de la FSC.
Noémie Assouline, Moranne Elarar-Benhaim, Anael Hadid et Raphaël Uzan y ont rencontré leurs homologues venus d’Amérique latine, de France, des États-Unis, du Maroc, d’Azerbaïdjan et d’Israël.
« Afin d’explorer la richesse et la complexité de leur identité, les quatre jeunes ont également assisté à la journée d’ouverture du 39 ᵉ Congrès sioniste mondial. Leurs témoignages racontent leur odyssée personnelle à travers le sépharadisme », ajoute Avraham Elarar.

Nous les avons rencontrés quelques heures à peine après leur retour, encore empreints de l’énergie et de l’émotion de ce voyage.




Pourquoi avez-vous choisi de vous impliquer dans la communauté sépharade ?
Raphaël Uzan : Simplement parce que cela fait partie de mes valeurs – qu’elles soient linguistiques, traditionnelles ou intellectuelles. Notre sens de l’accueil, de la chaleur humaine et de l’inclusivité me tient particulièrement à cœur. C’est donc tout naturellement que j’ai choisi de m’impliquer. C’est aussi une manière de poursuivre une forte tradition familiale : ma famille a toujours été très engagée dans le milieu communautaire.
Anael Hadid : Je me suis aussi impliquée pour des raisons similaires. On m’a proposé de rejoindre la FSC afin d’apporter du sang neuf et de la jeunesse au sein du conseil d’administration. L’idée est d’assurer la continuité, de créer un pont entre les générations et de renforcer les liens avec les autres fédérations sépharades dans le monde. Promouvoir notre culture et transmettre ce flambeau, c’est essentiel pour moi.
Noémie Assouline : J’adore ma communauté. Je trouve important que les membres de la communauté juive de Montréal s’impliquent. Nous avons une structure solide ; avec un réel engagement, nous pouvons faire une différence, ici comme en Israël. Ma communauté m’a tant donné ; il me semble naturel de redonner à mon tour.
Moranne Elarar-Benhaim : Depuis le 7 octobre 2023, je me suis encore plus investie. J’ai voulu renforcer les liens entre les diasporas et Israël. Ma carrière est dans le domaine de la réconciliation et du bien-être, et je vois de nombreux parallèles entre ce travail et la nécessité de renforcer l’unité au sein de notre communauté. Tout ce qui se passe en Israël nous affecte, même si c’est indirectement. J’ai participé ces dernières années à de nombreux événements communautaires qui ont permis de rassembler et de réconforter les gens, ce qui est particulièrement important pour moi.
Pouvez-vous nous parler de votre expérience au Congrès de Jérusalem ?
M. Elarar-Benhaim : Ce furent des journées extrêmement riches. Nous étions environ 25 jeunes délégués venus de France, du Maroc, du Mexique, de Russie, des États-Unis et d’ailleurs. Nous avons échangé sur nos défis, partagé nos expériences et participé à diverses activités : un shabbaton, des conférences, une visite des tunnels de Jérusalem… Les discussions ont mis en valeur l’héritage sépharade dans le monde, avec des intervenants venus d’Amérique latine, du Maroc, du Canada et d’Israël.
A. Hadid : C’était une expérience inoubliable. Rencontrer des délégations du monde entier dans le cadre du programme NextGen a été passionnant. On a pu se connecter immédiatement avec des Juifs sépharades de partout : mêmes coutumes, mêmes prières, mêmes chants. Cette connexion instantanée m’a donné beaucoup d’espoir pour l’avenir du judaïsme sépharade, en voyant de jeunes leaders engagés partout dans le monde.
N. Assouline : J’ai ressenti une passion incroyable chez la Next Gen, partagée par de jeunes Sépharades venus des quatre coins du monde. C’était magnifique à voir. En moins de 24 heures, une véritable fraternité s’est installée. On ne se connaissait pas, mais on avait l’impression de se connaître depuis toujours parce que notre culture, nos rites et nos valeurs nous unissent.
R. Uzan : Nous étions entourés de personnes partageant les mêmes valeurs. On s’est retrouvés autour de thèmes communs : la musique, la cuisine, les traditions, la littérature. Ça a créé des liens très forts. On a également constaté des défis communs, des opportunités et des pistes à explorer pour développer de jeunes communautés sépharades florissantes !
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
A. Hadid : Nous venions de pays différents (Israël, Maroc, France, Mexique, etc.), mais nous partagions les mêmes valeurs culturelles. Cela nous a rappelé l’importance de préserver notre culture, même lorsqu’on est nés loin du pays d’origine de nos parents. C’est mon cas : ma mère est née au Maroc, mon père au Liban et moi au Canada. Pourtant, cette identité sépharade, je la ressens pleinement. Beaucoup de participants partageaient ce sentiment.
R. Uzan : Un thème récurrent était que les solutions aux défis actuels du peuple juif (en Israël et dans la diaspora) se trouvent souvent dans notre ethos, nos valeurs et notre culture sépharades. Par exemple, la conciliation entre groupes religieux et moins religieux est souvent plus naturelle dans notre culture. Nous avons quelque chose d’unique à apporter à ce chapitre, on devrait en prendre conscience.
M. Elarar-Benhaim : Après le 7 octobre 2023, j’ai constaté à quel point la communauté sépharade s’est mobilisée, que ce soit à New York, à Miami, à Los Angeles, à Vancouver ou à Montréal. Le lien entre le sépharadisme et le sionisme y est profondément ancré. Ce congrès l’a clairement démontré. D’autre part, le lien entre les Israéliens et nous a véritablement changé nos vies.
N. Assouline : Ce qui m’a le plus marquée, c’est la résilience des jeunes Israéliens. Certains ont dû quitter leur famille – femme, mari, enfants – pour retourner à l’armée, d’autres ont perdu des amis. Nous nous sommes recueillis devant les tombes de soldats tombés depuis le 7 octobre, souvent des proches de nos interlocuteurs. Leur force et leur résilience m’ont profondément émue.
Et maintenant ? Que retenez-vous de cette expérience ?
N. Assouline : Je repars avec encore plus d’amour pour Am Israël.
A. Hadid : Je ressens une immense fierté pour ma culture et mon héritage. J’ai envie de transmettre cela un jour à mes enfants, de continuer à m’impliquer dans la FSC et de participer à l’organisation des prochaines conférences. Nous avons déjà commencé à réfléchir à des projets concrets. NextGen n’en est qu’à ses débuts, et nous sommes tous très motivés à faire grandir cette initiative pour que le sépharadisme continue de rayonner.
R. Uzan : Je partage pleinement ce sentiment. Nous revenons avec la fierté et la volonté de transmettre nos valeurs. À Montréal, la Communauté sépharade du Québec joue un rôle essentiel, et il est de notre devoir de la soutenir pour préserver notre massoret, pas seulement culinaire ou musicale, mais aussi spirituelle, en perpétuant l’étude de la Torah dans la tradition sépharade de même que l’ouverture sur le monde qui nous caractérise.
M. Elarar-Benhaim : Je repars avec un lien encore plus profond à mon héritage sépharade. Je crois aussi qu’il faut renforcer nos actions (sur les plans financier, stratégique et diplomatique) pour soutenir la FSM. Les Sépharades ont toujours eu une capacité naturelle à bâtir des ponts, notamment avec les communautés musulmanes et arabes. Cette ouverture au dialogue et à la coexistence est, selon moi, une valeur fondamentale que la FSC doit continuer à porter.
