« Aider les autres, c’est au cœur de mes valeurs »
Entrevue avec la Dre Guila Delouya, coprésidente de la Campagne Hessed 2026
Par Elias Levy
En 2026, la Dre Guila Delouya assumera, avec le Dr Yves Benabu – pour la deuxième année consécutive –, la coprésidence de la Campagne de Hessed, un programme social phare de la CSUQ.
Marc Kakon, fondateur et président de Hessed, est ravi qu’elle ait accepté cette responsabilité.
« Guila Delouya est une femme remarquable. Je la trouve pleine de compassion, gentille, passionnée et patiente. Dans son métier de médecin, elle fait preuve d’une grande empathie envers les gens. Et comme moi, elle veut combattre la pauvreté. Nous sommes très honorés qu’elle se joigne, l’année prochaine, à la merveilleuse équipe de Hessed », nous a confié Marc Kakon.
Se distinguant par son humanisme, sa rigueur professionnelle et son esprit rassembleur, la Dre Guila Delouya s’apprête à mettre son énergie et son cœur au service d’une cause qui incarne parfaitement ses valeurs : aider les plus vulnérables avec dignité et bienveillance.
« Mon mari, Yohann Abitbol, et moi avons toujours soutenu Hessed, un programme social exceptionnel et très nécessaire. Jusque-là, nous étions impliqués comme participants aux événements et comme donateurs. Hessed a toujours eu une place particulière dans nos cœurs. C’est une initiative qui change réellement des vies », nous a-t-elle dit en entrevue.
C’est Marc Kakon qui l’a sollicitée.
« J’ai beaucoup d’admiration pour Marc Kakon, un leader hors pair et un homme d’un dévouement communautaire exemplaire. On ne peut pas lui dire non ! Chaque année, il vient parler de Hessed à notre synagogue et réussit toujours à rallumer la flamme du don et de la solidarité. Quand il m’a approchée pour que j’occupe la coprésidence de la Campagne 2026, j’ai hésité un peu, parce que mon emploi du temps est déjà très chargé… mais refuser une cause aussi noble, et dire non à Marc Kakon, c’était impossible ! »
Hessed est « un programme social essentiel, particulièrement en ces temps si difficiles pour de très nombreuses familles », souligne-t-elle.
« Hessed, c’est une main tendue à toutes celles et ceux qui sont dans le besoin, sans distinction. C’est une œuvre sociale profondément humaine qui représente tout ce que j’aime dans l’action communautaire : l’entraide, la solidarité et l’humilité. Pour moi, une communauté n’est forte que si elle prend soin de ses membres les plus vulnérables. Aider les autres a toujours été une valeur fondamentale pour moi ; c’est ce que Hessed incarne avec tant de cœur. »
Comme la grande majorité d’entre nous, la Dre Delouya observe les effets concrets et dévastateurs de la crise économique sur les familles montréalaises. Elle s’inquiète de la précarité croissante et du fardeau financier qui pèse même sur la classe moyenne.
« Même des gens qui ont toujours bien gagné leur vie se retrouvent aujourd’hui dans des situations précaires. Les prix ont explosé : l’épicerie, les écoles, les loisirs… Tout est devenu un luxe ! Quand on fait son épicerie et qu’on voit le prix d’un morceau de viande, on se rend compte de l’ampleur du problème. Alors, imaginez les familles déjà vulnérables ! Hessed leur redonne un peu de souffle et un peu d’espoir. »
Les besoins augmentent chaque année, ce qui rend la mission de Hessed d’autant plus urgente et difficile.
« La barre est de plus en plus haute. Les besoins explosent et les ressources ne suivent pas toujours. Même les donateurs trouvent la période difficile. Mais je crois profondément à l’injonction de Hashem : plus on donne, plus on reçoit. Quand on aide une famille, on ne lui offre pas seulement un repas ou une aide ponctuelle, on transforme son avenir. On lui redonne confiance, on change sa trajectoire. Et peut-être qu’un jour, ces enfants aidés aujourd’hui deviendront à leur tour des piliers de notre communauté. Cette idée du cycle du don me touche particulièrement. »
Elle se considère davantage comme « une rassembleuse » que comme « une leveuse de fonds ».
« J’aime mobiliser les gens, inspirer la participation et créer une énergie positive autour d’un projet commun. Dans la vie, comme dans mon travail de médecin, j’ai toujours cherché à unir plutôt qu’à diviser. Je crois qu’ensemble, on peut accomplir beaucoup plus que seuls. »
Cette Sépharade, diplômée de l’École Maïmonide, mère de quatre enfants – Noah (26 ans), Nathan (25 ans), David (19 ans) et Liam (16 ans) –, a un parcours universitaire et professionnel impressionnant.
Diplômée en droit de l’Université de Montréal, elle a réorienté sa carrière vers la médecine. Spécialisée dans la recherche sur le cancer de la prostate, elle pratique comme radio-oncologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Elle est également professeure titulaire de clinique au Département de radiologie, radio-oncologie et médecine nucléaire de l’Université de Montréal, et directrice du programme de résidence en radio-oncologie.
Son métier de radio-oncologue, qu’elle exerce avec passion, nourrit sa vision du bénévolat.
« Mon expérience en médecine m’a appris à conjuguer rigueur et compassion. Ce sont deux qualités fondamentales dans tout engagement humanitaire ou communautaire. Dans un programme comme Hessed, il faut être efficace : organiser, collecter des fonds, gérer les priorités. Mais il faut aussi être profondément humain, comprendre les détresses silencieuses. Je table beaucoup sur l’aspect humain : écouter, rassembler, encourager. Pour moi, Hessed, c’est cela : être à la fois efficace et bienveillant. »
La Dre Delouya a grandi dans une famille où le bénévolat et l’engagement communautaire étaient valorisés. Mais ses parents n’avaient pas le temps d’en faire eux-mêmes. Son père est décédé jeune, à 54 ans, et sa mère s’est retrouvée veuve à 47 ans, avec plusieurs enfants. Leur priorité, c’était de s’occuper de la famille. Ils ont toutefois transmis à leurs enfants des valeurs capitales : la rigueur et la droiture au travail, le respect et la solidarité envers autrui, raconte-t-elle d’une voix empreinte d’émotion.
« Dès l’adolescence, j’ai voulu m’impliquer au sein de ma communauté. À 14 ans, j’ai participé à PAC, un programme d’action communautaire de la CSUQ. Je m’occupais d’une dame aveugle, j’allais lui faire ses courses chaque semaine. Cette expérience m’a profondément marquée. Depuis, je n’ai jamais cessé de m’engager bénévolement. »
Elle est très impliquée à la Fédération CJA et à la CSUQ, et elle a cofondé, en 2023, l’Association des médecins juifs du Québec, dont elle a été la première présidente.
« Mon fil conducteur, c’est toujours le même : rassembler et donner. »
Aujourd’hui, elle transmet fièrement le goût du bénévolat et du don à ses quatre fils.
« Nos quatre garçons s’investissent activement dans la vie communautaire. Mon mari et moi ne leur avons jamais imposé une forme précise d’engagement bénévole, mais nous leur avons transmis le goût de donner. Nos fils participent régulièrement aux activités communautaires organisées par le Chabad, ils vont au Family Store, aident à préparer les paniers pour les fêtes, déposent chaque semaine des paquets de nourriture chez des personnes âgées ou dans le besoin. Nathan a même créé une ligue de basketball pour les jeunes. Il reverse presque la totalité des fonds amassés à des œuvres caritatives. C’est sa façon à lui de contribuer. »
Son message, qu’elle tient à transmettre à notre communauté :
« J’aimerais que tous se sentent concernés. Quel que soit le montant, chaque don compte. Que l’on ait un dollar ou un million, l’important, c’est de participer. J’ai vu, à l’hôpital comme ailleurs, des gens ramasser cinq dollars pour une cause, et cela fait une vraie différence. Même ceux qui reçoivent peuvent donner, ne serait-ce qu’un geste, une heure de leur temps, un sourire. C’est cela, l’esprit de Hessed : une chaîne de solidarité où chacun apporte sa pierre. Je souhaite faire rayonner la mission de Hessed dans toute la communauté, pour rappeler que nous formons une seule famille, et qu’une famille digne de ce nom doit prendre soin de ses membres les plus vulnérables. Mon engagement auprès de Hessed, c’est ma façon de dire merci à la vie, de rendre ce que j’ai reçu. Et si je peux, par mon exemple, encourager d’autres à s’impliquer, alors j’aurai accompli ma mission. »
