Accord israélo-émirati : un espoir pour la paix israélo-palestinienne aussi

Il s’agit ici d’une version revue et complétée par l’auteur à partir d’une première mouture parue dans La Presse du 24 août 2020. https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-08-24/accord-israelo-emirati-un-espoir-pour-la-paix-israelo-palestinienne-aussi.php

 

 

PAR David Ouellette

David Ouellette

 

 

 

 

 

 

 

Loin d’avoir déclenché la colère de la proverbiale « rue arabe » ou des chancelleries du Moyen-Orient arabe, les accords de normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis semblent plutôt destinés à être suivis par d’autres États arabes à en croire le soutien qu’ils ont reçu au sein de la Ligue des États arabes qui a désavoué les appels des Palestiniens à les dénoncer.
Aussi n’est-ce pas un hasard si ce sont les deux puissances régionales non arabes de la région, la Turquie et l’Iran, qui ont farouchement dénoncé les Accords dits d’Abraham. Car Téhéran et Ankara s’inquiètent que le rapprochement israélo-arabe pourrait faire chanceler leurs aspirations hégémoniques sur le Moyen-Orient. On en connaît trop bien les effets délétères, de l’Irak au Yémen, en passant par la Syrie, le Liban et Gaza.
Sur fond de déstabilisation régionale engendrée par le « printemps arabe », de remontée de l’islamisme radical, d’exacerbation des haines et des confits sectaires, d’ingérence turque et iranienne dans le monde arabe et de désengagement américain de la région, le conflit israélo-palestinien a cessé de structurer l’ordre géostratégique du Moyen-Orient.
Confrontés à cette nouvelle réalité, les pays du Golfe ont arrêté de percevoir Israël comme leur ennemi existentiel et se sont découvert des intérêts communs avec Jérusalem, notamment face à la montée en puissance de l’Iran.
Toutefois, cette convergence d’intérêts ne se limite pas à des enjeux d’ordre géostratégique. De fait, prenant acte de l’impasse israélo-palestinienne que plusieurs intellectuels arabes du Golfe attribuent à l’attitude d’intransigeance et de rejet des dirigeants palestiniens, les États membres du Conseil de coopération du Golfe ont tiré un bilan négatif de leur politique de boycott de l’État juif, jugeant qu’elle n’avait eu aucune incidence sur la résolution du conflit israélo-palestinien et que, loin d’avoir affaibli Israël, celui-ci était devenu l’un des pays les plus développés du monde.
Cette attitude nouvelle envers Israël n’est pas le seul fait des dirigeants arabes et jouit d’une profondeur indéniable au sein de l’opinion arabe. À preuve, réunis à Londres en novembre 2019, des intellectuels issus de 15 pays arabes ont fondé le Conseil arabe pour l’intégration régionale prônant la normalisation des relations des États arabes avec Israël dans le but de lancer de nouvelles initiatives « dont bénéficieront nos pays en brisant la barrière des boycotts dans la région, en particulier le boycott arabe des Israéliens qui a entravé les partenariats en matière de technologie, de médecine, d’infrastructure, de commerce, d’économie, de même que l’étendue des aspirations humaines 1 ».
Et d’ajouter dans son texte fondateur : « Le boycott a également contrarié les espoirs de paix entre les peuples israélien et palestinien : Privés d’engagement direct avec l’un ou l’autre des deux peuples, les Arabes n’ont pas pu cultiver les liens qui auraient pu nous permettre de favoriser la conciliation et le compromis des deux côtés. En résumé, le boycott a accru les souffrances de nos sociétés et a affaibli nos capacités. 2 »
Le rapprochement israélo-arabe, quoi qu’en disent certains experts chagrins, ne repose donc pas sur la seule volonté de former un bloc uni contre la politique de déstabilisation régionale des ayatollahs de Téhéran, mais sur le désir de pays arabes de s’émanciper d’une politique d’obstruction afin d’influencer positivement l’éventuelle résolution du conflit israélo-palestinien et d’ouvrir la voie à un nouveau Moyen-Orient fondé sur la coopération et l’entraide qui n’est pas sans rappeler la vision du regretté président israélien Shimon Peres.
Loin d’avoir « trahi » les Palestiniens, en conditionnant la normalisation de ses relations avec Israël sur le renoncement aux plans d’annexion du premier ministre Benjamin Netanyahou, les Accords d’Abraham démontrent que seules des relations diplomatiques avec Israël permettent aux pays arabes d’influencer favorablement les politiques de Jérusalem envers les Palestiniens.
L’accueil immensément enthousiaste réservé à l’Accord en Israël devrait également être source d’espoir pour la viabilité de la résolution du conflit israélo-palestinien sur la base de deux États pour deux peuples. Alors qu’en mai dernier 45 % des Israéliens approuvaient l’annexion des implantations israéliennes, questionnés dans un sondage cette semaine sur leur préférence entre la paix avec les Émirats et l’annexion de pans de la Cisjordanie, 77 % ont choisi la paix et seulement 16,5 % l’annexion. Ne s’en surprendront que ceux qui font encore mine d’ignorer que depuis la conclusion du traité de paix entre Israël et l’Égypte en 1979 et la rétrocession du Sinaï, les Israéliens ont démontré qu’entre une offre crédible de paix et le maintien de territoires, ils opteront toujours pour la paix.
Alors que le cercle du rapprochement israélo-arabe semble promis à l’expansion et que l’intégration d’Israël comme partenaire à part entière de ses voisins arabes promet de solidifier l’assurance de l’État juif, les dirigeants palestiniens seraient bien avisés de faire mentir l’adage selon lequel ils ne rateraient jamais une occasion de rater une occasion en mettant un terme à leur boycott autodestructeur des pourparlers directs avec Israël.

 

Notes:

  1. The Arab Council for Regional Integration, « Founding Statement of the Arab Council for Regional Integration », traduction libre. https://english.thearabcouncil.org/articles/founding-statement-of-the-arab-council-for-regional-integration
  2. Idem
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