Dr Yves Benabu : un engagement communautaire remarquable
Par Sylvie Halpern
Quand Marc Kakon lui a glissé ces quelques mots en lui proposant de coprésider la Campagne de Hessed, programme social phare de la CSUQ qu’il a fondé en 2007, le Dr Yves Benabu en a été tellement frappé qu’il a tout oublié – le travail que cela représente, son agenda chargé, ses autres engagements communautaires –, pour se consacrer à fond, avec sa consœur, la Dre Guila Delouya, et pour deux années consécutives, à Hessed.
« Ça fait partie de nos valeurs et c’est un enseignement très fort de la Torah et de nos Sages, rappelle-t-il. Il ne faut jamais dire non, on n’a pas le droit de tourner la tête et d’ignorer celui qui vient nous demander notre aide. »
Il tient à souligner le leadership exceptionnel de Marc Kakon et le travail social admirable qu’il accomplit, épaulé par des bénévoles extrêmement dévoués, à la tête de Hessed.
Alors il s’y emploie de nouveau avec tout son cœur et son énergie, d’autant plus qu’en 2026, la barre est très haute : l’an dernier, pulvérisant tous les records, la Campage du programme Hessed de la CSUQ a ramassé plus d’un million de dollars en dons.
Dans sa gestion du temps, la barre est haute aussi pour ce radiologue spécialisé dans le domaine pointu des troubles musculosquelettiques. Chef de section en IRM et en échographie et directeur médical à la Clinique IRM Sud-Ouest de Montréal, il dispense abondamment son expertise à des médecins qu’il forme à ses techniques. Mais pas seulement aux techniques : « Quand les gens pensent “radiologue”, ils imaginent une blouse blanche plongée dans un écran à y lire des résonances et des scans. Évidemment, je fais mes lectures d’examens, mais je prends surtout le temps d’écouter et de parler à mes patients, dont la qualité de vie peut être profondément affectée au quotidien. »
Une manière juive d’être médecin ?
« C’est certain, parce qu’en exerçant, on a toujours en arrière-fond toutes les leçons reçues dans notre jeunesse et celles qu’on continue de recevoir à la synagogue : respecter son prochain – à commencer par nos parents, nos aînés –, les traiter comme on aimerait l’être soi-même. Le respect et l’écoute attentive des personnes âgées sont des principes très importants pour moi. »
Ainsi, le Dr Yves Benabu se retrouve rarement à prendre le temps de luncher, préférant consacrer ses pauses-midi à la communauté : « Je ne dis jamais non, parce que toutes ces personnes qui souffrent mettraient des années à obtenir un rendez-vous. Mais même si je vois bien sûr beaucoup de personnes âgées qui ont des problèmes articulaires et souffrent – elles et leur entourage –, je m’occupe aussi souvent d’athlètes qui se sont blessés. La douleur n’a pas d’âge. »
Le sport, d’ailleurs, ce passionné de basket et de soccer l’a aussi bien ancré dans sa vie. Pendant douze ans, il a été coach de basket à l’École Maïmonide où il veillait à tout, des entraînements aux uniformes. Et il a également longtemps été entraîneur de l’équipe soccer qui représentait Montréal aux Jeux Maccabi.
« Le sport a toujours été une passion pour moi. Jeune, j’ai joué dans des équipes de haut niveau. On dit bien que le sport est une fenêtre de la vie et que quand on y acquiert de bonnes habitudes, cela déteint sur tout le reste. Alors j’ai essayé de transmettre ces principes de rigueur et de discipline à mes joueurs qui m’écrivent encore aujourd’hui pour me dire comme cela les a aidés dans la vie. »
Avant lui, il n’y avait eu aucun médecin dans la famille. Encouragé par ses parents, il s’est lancé dans treize longues années d’études, à l’Université McGill, à l’Université de Montréal puis à l’Université Laval. Pendant cinq ans, un peu esseulé à Québec, il s’est créé un havre autour du rabbin Lewin du Chabad qu’il a aidé à mettre en place plusieurs projets communautaires.
Et quand on lui demande s’il a aimé étudier si longtemps, sa réponse fuse : « Je suis encore étudiant aujourd’hui, nous sommes tous étudiants. Si on s’arrête, on reste en rade. Il faut tout le temps continuer à apprendre dans tout ce qu’on fait : comme père, comme médecin, dans sa communauté… »
Le Dr Yves Benabu, qui vient d’avoir 45 ans – il est né à Casablanca qu’il a quittée alors qu’il était bébé –, a grandi au sein de la communauté et aujourd’hui, il a le sentiment de rendre tout ce qu’il y a reçu : « Ma communauté a toujours été très importante pour moi, dit-il. Jeune, j’ai bénéficié de toutes les activités communautaires – les camps Igloo, Benyamin – et aujourd’hui, quand quelque part on a besoin d’un coup de main, je ne dis jamais non. D’ailleurs, demander la tsedaka ne me fait pas peur : j’ai participé à la levée de fonds du groupe Olami, à celle du Rabbin Shalom Chriqui, et aujourd’hui je vais encore plus loin… Mon père, le professeur Jaime Benabu, était déjà très impliqué dans la communauté, notamment à la Congrégation Or Hahayim, qui est toujours ma synagogue. J’essaie de poursuivre dans cette voie. Mon défi, bien sûr, c’est le temps. Le temps bénévole, personne ne nous le rend : on le donne parce qu’on y croit, mais c’est sûr que c’est au détriment du reste – la famille, le travail, les activités… »
Ce temps qui court, le médecin essaie quand même de l’attraper au vol pour amasser aussi des fonds destinés à l’École Maïmonide qui fait un peu beaucoup partie de sa famille : son père – qui a consacré sa thèse à Maïmonide, le philosophe et grand érudit de la Torah – y a enseigné pendant trente-trois ans et y a été directeur, et ses deux enfants y sont évidemment inscrits. Et comme s’il avait besoin de se garder occupé, il y préside la levée de fonds de l’école – plus d’un million de dollars recueillis l’an dernier –, supervise la fondation de l’école et les professionnels qui la gèrent, et assume cette année la présidence de l’établissement.
Mais tout cela ne l’impressionne pas : « Les gens sont tellement généreux dans notre communauté, il y a une entraide incroyable qui fait vraiment chaud au cœur ! Et moi, quand j’appelle les donateurs en leur disant que je leur donne la chance d’aider des gens dans le besoin, souvent ils me remercient : ils savent que je le fais seulement comme messager, en créant une mitzvah. En vérité, tout ce que les gens donnent dans l’année, Dieu l’a déjà décidé pour chacun. Chez nous, il y a celui qui fait la mitzvah par son don et puis celui qui l’a suscitée en venant rappeler au premier qu’il ne faut jamais détourner son regard de ceux qui souffrent. »
