Avi Krispine, un leader sépharade engagé
À 48 ans, Avi Krispine est l’un des leaders les plus dynamiques de la communauté sépharade de Montréal.
« Je ne me rappelle pas une période de ma vie où je n’étais pas impliqué bénévolement au sein de ma communauté », confie-t-il à La Voix sépharade.
Il avait 14 ans lorsqu’il s’est engagé bénévolement pour la première fois dans la communauté juive de Montréal, au Centre Saidye Bronfman – aujourd’hui le Centre Segal des arts de la scène –, en participant à des pièces de théâtre. Depuis, son parcours a été jalonné de responsabilités marquantes : au YM-YWHA, à la CSQ – ancienne appellation de la CSUQ –, puis comme directeur des programmes au Centre étudiant francophone Hillel et directeur des événements de FedNext à la Fédération CJA. Il a présidé l’Association sépharade de la banlieue ouest de Montréal (ASBOM) – Congrégation Or Shalom et la Philanthropie sépharade de l’Appel juif unifié (AJU) de la Fédération CJA. Depuis 2024, il est président du Festival Sefarad de Montréal (FSM). En janvier 2026, il deviendra président de Network, une division de la campagne de l’AJU.
Cofondateur, avec Michael Dadoun, de Claria, société d’investissements immobiliers, Avi Krispine jongle entre sa carrière professionnelle et son implication bénévole avec une énergie peu commune.
Vous êtes, depuis 2024, président du Festival Sefarad de Montréal (FSM). Qu’est-ce qui vous a motivé à assumer cette fonction exigeante ?
En 2023, Karen Aflalo, alors présidente de la CSUQ, et Benjamin Bitton, directeur général, m’ont proposé de présider le FSM. J’ai accepté avec joie, car je ne m’étais pas impliqué à la CSUQ depuis plusieurs années. Ça a été indéniablement l’une des expériences les plus marquantes dans mon long parcours communautaire. Ce fut l’occasion de renouer avec la communauté sépharade et de lui offrir, grâce à une équipe de bénévoles exceptionnels, des moments extraordinaires à travers des spectacles, des concerts, des conférences, des pièces de théâtre…
Le FSM est une manifestation culturelle incontournable qui célèbre annuellement, pendant deux semaines, la richesse de la culture sépharade. J’ai la chance d’être épaulé par des bénévoles jeunes, dynamiques et très compétents, chacun possédant une expertise éprouvée dans un domaine particulier. L’atmosphère de travail est excellente, l’énergie du comité est extraordinaire. Je tiens à remercier la directrice du FSM, Sabine Malka, pour son grand dévouement.Les éditions 2024 et 2025 du FSM ont connu un grand succès, qui a donné envie aux membres de notre comité de s’investir davantage sur le plan communautaire.
Présiderez-vous l’édition 2026 du FSM ?
Oui. Je la coprésiderai avec Didier Benita, un bénévole et un mécène admirable. Ce sera ma dernière année à la tête du FSM. À un moment donné, il faut savoir passer le flambeau. Mon objectif est de préparer la relève et d’assurer une belle continuité à cette manifestation culturelle essentielle.
L’engagement communautaire est une action fondamentale dans votre vie.
Absolument. Mes parents, qui ont immigré du Maroc à la fin des années 1970, ont bénéficié de l’aide de la JIAS, de l’Association hébraïque de prêts bénévoles et de subventions scolaires. Grâce à ce soutien, ma sœur, mon frère et moi avons pu fréquenter des écoles juives et recevoir une éducation de qualité.
À 22 ans, j’ai décroché mon premier emploi dans l’immobilier grâce à l’Agence Ometz. J’ai rencontré mes premiers partenaires d’affaires par l’entremise de la Fédération CJA.
Je suis très redevable à la communauté juive de Montréal. Aujourd’hui, ma contribution modeste est ma façon de remercier ma communauté pour tout ce qu’elle a fait pour ma famille depuis qu’elle est arrivée au Canada.
Vous êtes impliqué aussi à la Fédération CJA.
Oui. En 2022, j’ai présidé la Philanthropie sépharade de l’AJU. En janvier 2026, j’assumerai la présidence de Network, une division de l’AJU qui favorise le réseautage entre professionnels membres de notre communauté.
Aujourd’hui, les Sépharades occupent des responsabilités majeures à la Fédération CJA. Le nouveau président du conseil d’administration, Patrick Essiminy, vient de succéder à Steve Sebag, qui a accompli un travail remarquable dans un contexte difficile marqué par la montée de l’antisémitisme. Il y a vingt ans, les Sépharades représentaient à peine 1 % des bénévoles de la Fédération CJA. La progression est notable.
Comment entrevoyez-vous la relève au sein de la communauté sépharade ?
Avec optimisme. Je suis impliqué tant du côté sépharade qu’ashkénaze. Du côté sépharade, la relève est prometteuse, grâce notamment aux camps de la CSUQ – Benyamin, Kif Kef, etc. – qui sont de véritables pépinières de futurs leaders communautaires. Ces camps créent un sentiment d’appartenance fort et des amitiés durables qui se prolongent tout au long de l’année dans d’autres activités communautaires organisées par la CSUQ. Cette dynamique est beaucoup moins présente dans la communauté ashkénaze anglophone. Je suis très confiant en ce qui a trait à la relève sépharade. La CSUQ accomplit un travail important à ce chapitre-là.
Transmettez-vous à vos enfants votre béguin pour l’engagement communautaire ?
Je m’efforce de le transmettre à mes quatre filles – Liora, 21 ans, Yaël, 19 ans, Gabriela, 15 ans, et Adèle, 11 ans. Elles voient chaque jour mon implication communautaire et en comprennent l’importance. Comme moi à leur âge, elles fréquentent les camps de la communauté sépharade. Les plus grandes commencent déjà à s’impliquer. Pour moi, ce relais de génération est essentiel.
Quels sentiments vous habitent depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 ?
Je suis inquiet. Les Juifs font face à une vague d’antisémitisme sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. J’espère que la fin de la guerre à Gaza apaisera cette situation, mais tant qu’Israël sera en conflit, l’antisémitisme continuera de s’aggraver.
Cet été, j’ai passé un mois en Israël. J’ai constaté que, malgré la guerre, les Israéliens ne sont pas aussi inquiets que les Juifs de la diaspora. Ils vaquent à leurs occupations quotidiennes et essayent de mener une vie normale. À mon avis, les Juifs de la diaspora souffrent davantage, car ils ressentent directement la haine antisémite et l’insécurité.
Depuis deux ans, cet antisémitisme virulent s’est propagé aussi à Montréal.
Oui, regrettablement. Pour notre communauté, la question de l’antisémitisme est aujourd’hui centrale. Depuis le 7 octobre 2023, la Fédération CJA a fait un travail colossal pour mobiliser notre communauté et lutter contre cette montée inquiétante de l’antisémitisme, notamment en étant très active sur les réseaux sociaux.
Ces plateformes sont le principal vecteur de haine contre les Juifs et de désinformation contre Israël. Notre présence y est essentielle pour montrer qui nous sommes et ce que nous faisons, et ainsi établir un lien de confiance avec notre communauté, surtout avec nos jeunes. Ces derniers sont les plus touchés : intimidés, parfois agressés sur les campus, ils vivent dans la peur.
Comment envisagez-vous l’avenir en tant que Juif montréalais ?
Je suis généralement optimiste, mais c’est la première fois que je ne me sens pas pleinement à l’aise dans ma propre ville. Depuis 25 ans, je consacre ma carrière à l’immobilier, tous mes investissements sont à Montréal. Aujourd’hui, un malaise profond s’est installé parmi les Juifs montréalais, je le partage.
Quel est aujourd’hui le principal défi de la CSUQ ?
La CSUQ est une organisation remarquable, profondément engagée auprès de notre communauté. Elle organise un nombre impressionnant d’événements et d’activités, ce qui témoigne de sa vitalité et de son dévouement. Ce rythme soutenu, dicté par les besoins constants de notre communauté, amène toutefois la CSUQ à être parfois davantage réactive que proactive.
C’est une réalité compréhensible : l’équipe, composée de professionnels et de bénévoles passionnés, s’investit pleinement dans chaque projet. C’est une richesse dont nous devons être reconnaissants.
Pour consolider les acquis et bâtir sur ce succès, il serait souhaitable de renforcer les moyens financiers de la CSUQ, d’augmenter ses ressources humaines et de créer les conditions nécessaires pour prendre du recul.
La CSUQ aurait alors la possibilité de définir avec sérénité un plan stratégique quinquennal, qui orienterait ses actions pour les prochaines années et assurerait une croissance harmonieuse au service de toute la communauté.
