Paul St-Pierre Plamondon s’adresse à la communauté juive
« Une fois par année, à l’Assemblée nationale du Québec, on se souvient de l’Holocauste et on évoque le devoir de mémoire. C’est facile d’adopter une motion et d’observer une minute de silence. Mais le véritable devoir de mémoire consiste à se pencher sur notre présent et à le comprendre avec le sens des responsabilités, afin que, s’il y a une détérioration de la sécurité, nous sachions lire la situation, la comprendre en temps utile et agir en conséquence. »
Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois, s’est adressé à une centaine de leaders et de membres de la communauté juive. Il était l’invité d’un Town Hall Meeting (séance publique d’information) organisé le 15 avril dernier par le Conseil consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA-Québec) et le CJPAC.
Les chefs des principaux partis politiques ont été invités par le CIJA et le CJPAC à participer à un Town Hall Meeting. Au moment d’écrire ces lignes, seule la rencontre avec Paul St-Pierre Plamondon avait eu lieu.
D’entrée de jeu, le chef du Parti québécois a replacé la discussion dans le contexte de la hausse des actes de violence et des discours haineux visant les Québécois de confession juive. Père de trois enfants, il a affirmé que les enjeux de sécurité, de paix sociale et de cohésion collective dépassent largement le cadre d’une seule communauté et concernent l’ensemble de la société québécoise. Selon lui, les investissements croissants consacrés à la sécurité dans certaines institutions témoignent d’une détérioration inquiétante du climat social.
« Premier message, qui, pour moi, est important : j’ai trois enfants. Je me pose souvent la question : dans quelle société ma fille va-t-elle vivre dans 20 ou 30 ans ? On aurait tort de croire que les questions de sécurité, de paix sociale et du contrat social qui nous unit sont des questions communautaires. Elles ne touchent pas qu’une seule communauté. Elles ont donc le potentiel de rassembler autour d’une volonté qui, je crois, est constante dans toute l’histoire du Québec. Les Québécois sont un peuple de paix sociale. »
Paul St-Pierre Plamondon a ensuite exposé sa vision de l’indépendance du Québec. À ses yeux, celle-ci représente avant tout une quête de normalité démocratique et de reconnaissance nationale. Il a établi certains parallèles entre la volonté du peuple québécois de préserver sa langue et sa culture et la quête historique de sécurité et de reconnaissance du peuple juif. Il a soutenu que le Québec aspire depuis longtemps à exercer pleinement son droit à l’autodétermination et à prendre lui-même les décisions qui concernent son avenir.
« Le Parti Québécois est un parti indépendantiste profondément démocrate. Un parti qui prône l’indépendance, laquelle constitue essentiellement la quête d’un peuple vers la normalité démocratique et la reconnaissance internationale, des thèmes qui résonnent avec force. Évidemment, il faut reconnaître les différences, mais le peuple juif est lui aussi engagé dans une quête constante de reconnaissance et de sécurité. Le Québec est un endroit où il y a eu peu de violence comparativement à bien d’autres régions du monde. Le Parti québécois porte la quête d’un peuple depuis l’époque des Patriotes : vivre dans une démocratie normale, où l’on n’aura plus à se demander si notre choix démocratique sera renversé par un autre pouvoir que le nôtre. »
Le chef péquiste a abordé les enjeux liés à l’immigration. Il a affirmé que le Québec disposait autrefois d’un modèle d’immigration planifié, fondé sur la sélection et l’intégration, qu’il jugeait efficace. Selon lui, les politiques fédérales des dernières années ont radicalement modifié cette approche, entraînant une hausse importante des seuils migratoires sans planification adéquate. Il estime que cette situation exerce une pression sur le logement, les services publics et la cohésion sociale.
À plusieurs reprises, il a soutenu que le gouvernement du Québec ne dispose pas de tous les outils nécessaires pour relever les défis liés à l’immigration et à l’ingérence étrangère. Il a exprimé son inquiétude face à la présence croissante, selon lui, d’intérêts étrangers capables d’influencer certaines institutions et certains débats publics. Il considère que le Québec devrait disposer de davantage de pouvoirs pour protéger ses intérêts et assurer sa sécurité collective.
Paul St-Pierre Plamondon a également opposé l’universalisme québécois au multiculturalisme canadien. Selon lui, la paix sociale repose sur une citoyenneté commune où tous les individus sont égaux devant la loi, indépendamment de leur origine, de leur religion ou de leur appartenance culturelle. Il a critiqué ce qu’il perçoit comme une tendance à fragmenter la société en groupes distincts bénéficiant de traitements différenciés. À son avis, l’approche du multicultarisme canadien favorise les divisions plutôt que le vivre-ensemble.
Pendant la période de questions, le Dr Lior Bibas, président de l’Association des médecins juifs du Québec, lui a demandé comment il envisageait les relations entre Israël et le Québec sous un gouvernement du Parti Québécois.
« Je vais être très honnête. Je suis allé en Israël une seule fois. Je ne m’improviserai donc pas expert des relations internationales d’un Québec indépendant dans un contexte géopolitique fort complexe. En ce moment — et on n’aurait jamais imaginé dire cela il y a vingt ans —, ma priorité est de m’assurer que, sur le territoire du Québec, des conflits ne viennent pas perturber la sécurité et les droits fondamentaux des Québécois. Est-ce que, dans ce contexte, j’ai une vision particulière des relations internationales d’un Québec indépendant avec Israël ? La réponse est non. Mon souci est de faire en sorte qu’un Québécois, qu’il soit juif, athée, chrétien ou musulman, puisse vivre dans une société où l’on gère les différends avec intelligence plutôt que de laisser les conflits dégénérer. Peu importe ce qui se passe ailleurs dans le monde, nous avons la responsabilité de nous assurer que le Québec demeure une exception de paix sociale dans un monde de plus en plus violent. »
Un autre intervenant lui a demandé si une immigration musulmane de masse n’était pas contraire aux intérêts des citoyens du Québec. La réponse de Paul St-Pierre Plamondon fut limpide :
« J’apporterais la nuance suivante. Nous avons un enjeu avec le frérisme islamiste. Au Parti Québécois, plusieurs musulmans — qui pourraient être ici avec vous ce soir — feraient le même constat. Je vise la paix sociale. Des musulmans québécois feront partie de cette discussion, au cours de laquelle nous soulignerons que le frérisme est une réalité documentée dans plusieurs pays d’Europe. La seule raison pour laquelle on ne le documente pas au Canada, c’est parce que cela ne correspond pas à l’agenda du gouvernement fédéral en place. Quant à l’immigration incontrôlée — parce que c’est ce que le Canada nous a imposée —, il faut revenir à un modèle d’immigration planifiée. »
