Nathaniel Abitbol, entre les piyoutim et Eyal Golan
Il a une voix en or et on peut la suivre à l’instinct, partout où elle le porte. D’abord au plus profond de lui : « C’est vraiment par la musique que j’ai été connecté à la religion. Chez nous, les Sefardim, la liturgie et le chant occupent beaucoup de place à la synagogue et naturellement, j’en ai toujours été bercé, déjà quand mon père m’emmenait, encore en couches, aux offices ! Même si je me suis développé dans le monde de la chanson, je reste très attaché aux piyoutim et à toute notre liturgie marocaine qui sont tellement précieux. Dans mon temps libre, j’en écoute beaucoup. »
D’ailleurs, lorsque Nathaniel Abitbol s’attaque à la hazzanout ou à la paytanout, on sent fortement poindre, à sa maîtrise des textes et la façon dont il parvient à s’approprier toutes sortes de liturgies, le hazzan talentueux qui ne sommeille jamais loin en lui. Par son don inné et sa conviction : « Je trouve dommage que beaucoup de jeunes n’en comprennent pas les mots et ne réalisent pas toujours ce que représentent pour nous tous ces mélodies. Il faut les préserver parce que partout, nos communautés vieillissent et que plus grand-monde n’y parle arabe. »
Mais enfant, à Laval, Nathaniel Abitbol a aussi découvert très tôt d’autres musiques dans la boutique de disquaire de son père, Dan Abitbol : la variété française, le jazz, le pop ou le rétro, le klezmer. Et beaucoup de chansons grecques ou andalouses qui ont peu à peu fait de la Méditerranée, pour lui qui est né il y a 30 ans au Québec, son jardin sonore. Du coup, il s’en est tant imprimé qu’il peut tout chanter et qu’on le prend souvent pour ce qu’il n’est pas et qu’il est en même temps : espagnol, grec comme Nikos Vertis, israélien par son style mizrahi.
C’est à l’adolescence qu’il a eu sa révélation au concert qu’Eylan Golan est venu donner à Montréal : « C’est lui qui a eu la plus grande influence sur moi et qui a déclenché mon amour pour la musique israélienne que je chante aujourd’hui. Je me suis mis à apprendre toutes ses chansons, à m’inspirer de son style, à découvrir d’autres artistes israéliens qui m’inspirent. Et je dois dire que depuis le 7 octobre 2023, c’est bien sûr ce que les salles de fêtes me redemandent. »
Il y a trois ans, Nathaniel a participé au festival andalou organisé par la CSUQ avec le chef d’orchestre Tom Cohen qui, avec Ishay Ribo ou Moshe Louk, est une autre de ses idoles. Il était aussi de tous ces hazzanim qui se sont produits à l’Olympia de Montréal : des Arabes marocains l’y ont vu et le suivent eux aussi depuis. Et même si son auditoire est naturellement sépharade, il fait aussi son chemin dans les communautés ashkénazes, notamment hassidiques, lui qui a grandi pas très loin de Boisbriand où il allait souvent prier avec son grand-père, et qui sait épouser tous les accents.
En fait, Nathaniel a le talent de faire la part belle à toutes les musiques du monde. Selon les soirées, il se fait accompagner par des musiciens juifs ou bien roumains, russes, arabes. Quand il se met à la darbouka, ce n’est pas toujours sur de la musique marocaine, mais souvent sur du house qui vient énergiser les salles. Et pendant les dîners, il a pour habitude de faire le tour des tables en chantant : « Pour toujours me connecter aux convives. »
Nathaniel Abitbol va continuer à faire sa marque, mais comme sa carrière ne le porte pas encore, il continue de travailler en comptabilité et en finance, tout en rêvant d’aller plus loin : il a son studio chez lui, a sorti l’été dernier une chanson de sa composition en ligne et songe à un premier CD où il reprendra celles des autres. Déjà, on le redemande à Montréal, à Toronto ou New York, en Floride, au Mexique. Et il se profile comme une des grandes voix plurielles de sa génération, toujours sous l’écoute attentive de son père qui reste son meilleur critique puisque l’un de ses plus fervents admirateurs.
