CIJA Québec. Priorités, enjeux et perspectives à l’approche des élections
Le 5 octobre prochain, les Québécois et les Québécoises se rendront aux urnes. Dans cette perspective, Eta Yudin, vice présidente du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) pour le Québec, l’agence de représentation de la Fédération CJA, fait le point sur les principaux dossiers et les préoccupations majeures de notre communauté à l’aube de ce rendez vous électoral.
Quels sont les dossiers prioritaires que le CIJA compte présenter aux partis politiques en vue des prochaines élections québécoises ?
Notre engagement auprès des partis politiques, des députés et des candidats est constant ainsi que notre présence dans les médias et sur les réseaux sociaux. Nous maintenons un dialogue avec eux non seulement en période électorale, mais tout au long de l’année. Les chefs de partis et les élus connaissent déjà nos priorités, mais une campagne électorale crée une dynamique nouvelle.
La scène politique québécoise connaît une évolution importante : plusieurs chefs incarnent une nouvelle génération de leadership, et de nombreux candidats pourraient siéger pour la première fois à l’Assemblée nationale du Québec à titre de députés.
Nous souhaitons donc engager un dialogue avec le plus grand nombre possible d’entre eux afin de leur présenter notre communauté, nos enjeux et nos priorités, toujours dans une approche non partisane. Le CIJA est un organisme apolitique.
L’un de nos dossiers les plus prioritaires demeure la lutte contre l’antisémitisme. Après près de trois ans d’une hausse inquiétante et sans précédent de ce fléau, au Canada comme ailleurs dans le monde, la sécurité de notre communauté figure au premier rang de nos préoccupations.
Nous travaillons également avec les agences communautaires pour comprendre leurs besoins et bâtir un guide d’enjeux qui reflétera fidèlement les réalités de la communauté juive du Québec.
Nous sommes une communauté historique – forte de plus de 260 ans de présence au Québec – et nous considérons essentiel de contribuer à la société québécoise, de préserver les valeurs qui nous sont chères et de nous assurer que les élus de tous les horizons politiques comprennent ce que la communauté juive vit aujourd’hui.
Quels sont les autres dossiers prioritaires ?
L’éducation est un enjeu central. Le réseau des écoles juives est une grande fierté pour notre communauté. Nous travaillons étroitement avec nos partenaires, notamment l’AJDS (Association des écoles juives de Montréal) et la Fédération CJA, pour valoriser ce système et nous assurer qu’il est soutenu de manière adéquate.
Les écoles privées subventionnées jouent un rôle important dans le paysage éducatif québécois. Comme l’a déjà souligné le premier ministre François Legault, elles constituent un modèle dont le Québec peut être fier. Chaque enfant inscrit dans une école privée subventionnée représente une économie pour l’État.
Par ailleurs, nous suivons de près les nouvelles balises édictées par la loi 9 visant à renforcer la laïcité de l’État québécois. Contrairement à certaines interprétations, cette loi n’interdit pas l’enseignement religieux pendant la journée scolaire, elle interdit simplement d’enseigner la religion pendant les heures consacrées au curriculum ministériel. Nous avons exprimé nos réserves concernant certains aspects de la loi qui touchent l’ensemble des écoles privées.
La loi 9 comporte aussi des mesures relatives à la sécurité et à la lutte contre l’extrémisme religieux. Comment le CIJA accueille t il ces dispositions ?
Plusieurs éléments de la loi 9 répondent à des recommandations que nous avions formulées. Parmi celles ci : l’interdiction de se masquer sur les campus universitaires et dans les cégeps, la création de zones sécuritaires à l’entrée des lieux de culte, l’encadrement des prières dans l’espace public afin d’éviter qu’elles servent de couverture à des manifestations haineuses.
Ces outils sont essentiels pour protéger la sécurité des citoyens et préserver un espace public sain. Nous avons également plaidé pour que les forces de l’ordre disposent de moyens législatifs leur permettant d’intervenir efficacement pour contrer l’antisémitisme qui sévit sur les campus et dans les espaces publics.
Certains syndicats québécois affichent un antisionisme militant outrancier. Comment endiguer ce phénomène ?
Nous avons effectivement observé que certains syndicats consacrent temps et ressources à des enjeux qui n’ont rien à voir avec les intérêts de leurs membres ni avec les priorités du Québec. Ces activités contribuent parfois à importer chez nous le conflit israélo palestinien et à alimenter des tensions, notamment envers la communauté juive.
Dans le cadre du projet de loi 3, nous avons demandé davantage de transparence quant à l’utilisation des cotisations syndicales. Les membres ont le droit de savoir comment leur argent est dépensé, surtout lorsqu’il sert à financer des causes politiques extérieures à la mission principale de leur syndicat.
L’itinérance et la pauvreté sont des enjeux majeurs au Québec. Le CIJA compte t il les aborder avec les partis politiques ?
Absolument. Le taux de pauvreté dans la communauté juive reflète celui de la population générale. L’itinérance, la santé mentale et la précarité touchent tout le monde, et il est dans l’intérêt de tous les Québécois de trouver des solutions concrètes et durables à ces problèmes.
Nous soutenons plusieurs programmes gouvernementaux, notamment le PSOC (Programme de soutien aux organismes communautaires), et nous plaidons pour une augmentation des ressources destinées aux organismes communautaires. Chaque année, nous présentons des recommandations dans le cadre des consultations budgétaires du Québec.
Au niveau municipal, l’itinérance est un phénomène pernicieux et fort préoccupant. Selon le Service de police de la Ville de Montréal, environ 1000 personnes en situation d’itinérance ont été recensées dans le centre ville l’an dernier. Le nombre croissant de campements dans la métropole témoigne de l’urgence d’agir.
Le CIJA, en collaboration avec CJPAC, a récemment lancé une série de Town Halls Meetings – réunions publiques d’information – avec les chefs des partis politiques québécois.
L’invitation a été envoyée à tous les chefs de partis. Ces rencontres sont très constructives : elles donnent la parole au public, et les questions posées reflètent les préoccupations réelles des citoyens. Nous souhaitons que ces rencontres aient lieu avant les élections.
Lors du référendum de 1995, le Congrès juif canadien – organisme prédécesseur du CIJA – avait pris position contre l’indépendance du Québec en s’alliant aux communautés italienne et grecque. Dans l’éventualité où le Parti Québécois serait porté au pouvoir, quelle serait la position du CIJA si un nouveau référendum sur l’indépendance du Québec avait lieu ?
Notre rôle est d’encourager la participation démocratique. Plus les citoyens s’informent, s’impliquent et votent, plus notre démocratie est forte.
La communauté juive a beaucoup évolué depuis les années 1980 1990. Elle n’est plus perçue comme une communauté anglophone, elle est diverse, multilingue et présente dans toutes les régions du Québec. Les enjeux politiques internes ont également évolué.
Il appartient donc à chaque membre de notre communauté de déterminer sa vision du Québec et de choisir le parti politique qui correspond le mieux à ses attentes. Nous ne prendrons pas position pour ou contre un projet de société politique. Notre rôle est de favoriser l’engagement civique, de faire entendre les préoccupations et les priorités de la communauté juive, et de faire avancer des enjeux qui lui sont importants, au bénéfice de notre société. Il ne nous appartient pas de dicter un choix politique.
Quel message souhaitez vous adresser à notre communauté à quelques mois des élections ?
Nous répétons toujours le même message : il est essentiel de participer à chaque élection. Croire que notre vote ne changera rien est une erreur. Chaque voix compte.
Nous encourageons les membres de la communauté à s’informer, à écouter les propositions des différents partis, à participer aux Town Halls Meetings et, surtout, à exercer leur droit de vote.
Après l’élection, il sera trop tard pour exprimer des regrets. C’est avant le jour du vote que nous pouvons faire une différence, pas le lendemain.
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