Or Hahayim : une congrégation, une grande famille, un héritage spirituel
« La Congrégation Or Hahayim a connu une évolution stable et constante, grâce à de nombreux paramètres heureux dont nous avons profité. D’abord, un poste clé qui n’a virtuellement pas changé : le même rabbin pendant 50 ans, c’est une immense bénédiction. Si la communauté l’a souhaité, en reconduisant son rabbin mandat après mandat, cela n’a jamais entraîné de sclérose ni de somnolence. Nous avons ainsi eu le meilleur des deux mondes : la constance, cette vertu clé d’Abraham, notre patriarche, tout en gardant, comme lui, un renouveau perpétuel. Grâce aux bénédictions de la Torah, de la Téva, du Kahal et des conseils d’administration successifs, Or Hahayim a coulé, cinquante années durant, comme un fleuve paisible. Qu’il en soit toujours ainsi et que l’on continue à prospérer, Amen ! »
— Rabbin Dr Moïse Ohana
Ces mots du rabbin Dr Moïse Ohana résument avec justesse l’âme de la Congrégation Or Hahayim.

Figure centrale de la vie spirituelle d’Or Hahayim depuis plus d’un demi-siècle – fonction qu’il assume bénévolement –, ce grand érudit en matière de Torah a été l’un des piliers les plus constants de cette institution cultuelle, accompagnant génération après génération avec sagesse, fidélité et bienveillance. Le dévouement discret, mais profond, du rabbin Dr Moïse Ohana a façonné une culture communautaire rare, fondée sur l’équilibre entre amour de la Torah, traditions, stabilité et capacité de renouvellement.
Fondée en 1979, la Congrégation Or Hahayim s’est développée dans cet esprit de continuité vivante. Établie à Côte-Saint-Luc, elle regroupe aujourd’hui près de 230 familles et occupe une place importante au sein du paysage juif sépharade francophone de Montréal. Plus qu’une synagogue, Or Hahayim est devenue au fil des décennies un véritable centre de vie communautaire.
« Or Hahayim est une synagogue sépharade bien ancrée à Côte-Saint-Luc, dans un environnement où il existe près de vingt-quatre synagogues ou minyanim. Ce qui entraîne une certaine dispersion des fidèles, mais représente aussi une grande richesse communautaire », explique Ralph Rimokh, président sortant.
Président en exercice, Marco Moyal – dont c’est le deuxième mandat – incarne cette volonté de continuité responsable. Il connaît intimement l’histoire et les défis d’Or Hahayim. Pour lui, la solidité d’une synagogue repose autant sur la chaleur humaine que sur une gestion financière rigoureuse.
« Comme toutes les grandes congrégations, Or Hahayim a un budget conséquent. Nous voulons être capables de faire les choses correctement, avec dignité. Chaque dollar du Tsibour doit être utilisé avec discernement, dans un esprit de transparence et de respect », souligne-t-il.
Cette rigueur a permis de réaliser, durant son mandat, d’importants travaux de rénovation – toiture, climatisation, réaménagement du sanctuaire, modernisation des espaces –, tout en assurant la stabilité financière de la congrégation.
Ralph Rimokh a présidé Or Hahayim durant une période charnière, marquée notamment par la pandémie de COVID‑19, un moment de fragilité où le lien communautaire a dû être préservé malgré l’éloignement physique des membres du Kahal.
« Durant sa présidence, Ralph Rimokh a relevé le défi de maintenir notre motivation et notre engagement, malgré le contexte de distanciation. Ce n’était pas évident durant cette pandémie dévastatrice, mais l’esprit de la synagogue est resté très fort », rappelle Stéphanie Coriat, présidente du Comité des femmes.
Sous le mandat de Ralph Rimokh, le « rajeunissement » de la communauté est devenu une priorité.
« Lorsque j’ai amorcé ma présidence, l’un de mes objectifs majeurs était de rajeunir la communauté et de transformer certaines façons de faire. Nous avons attiré de trente-cinq à quarante nouvelles familles, principalement de jeunes familles fraîchement établies à Côte-Saint-Luc. Nous avons aussi renforcé l’offre de cours et d’activités, notamment pour les jeunes, et structuré davantage la vie communautaire avec des Shabbatonim et des initiatives éducatives », explique-t-il.
Depuis 2019, le rabbin Malkiel Abdellak incarne la continuité et le renouveau spirituel d’Or Hahayim. Conscient de l’héritage spirituel imposant légué par le rabbin Dr Moïse Ohana, il a axé son action sur l’étude, l’écoute et l’accompagnement.
« J’ai toujours dit que le rabbin Dr Moïse Ohana est le cœur et que moi, je suis la relève. Dès mon arrivée, j’ai tout de suite mis l’accent sur l’étude, parce que les gens avaient besoin de réponses. Dès ma première année, j’ai lancé l’idée d’une nuit entière d’étude à Chavouot. Au départ, nous étions une quinzaine, puis après la COVID‑19, nous avons atteint jusqu’à deux cent cinquante personnes en rotation durant toute la nuit, dont plus d’une centaine de jeunes filles. »
Des cours réguliers de Guemara pendant la semaine aux enseignements de Shabbat, l’objectif est de rejoindre chacun, quel que soit son niveau de pratique.
Le Moussar – la morale – occupe une place centrale dans cette démarche.
« Le Moussar permet d’établir un lien étroit entre les textes de la Torah et la vie quotidienne », précise le rabbin Malkiel Abdellak, qui veille à créer un espace d’apprentissage inclusif et bienveillant.
Or Hahayim demeure profondément ancrée dans la tradition sépharade marocaine. Cette identité s’exprime tant dans la liturgie que dans les enseignements dispensés et la culture de la synagogue.
« Nos minhaguim et nos halakhot sont purement sépharades. C’est une richesse que nous voulons transmettre », rappelle le rabbin Malkiel Abdellak.
Pour le rabbin Dr Moïse Ohana, la tradition sépharade régit le cadre synagogal et le rituel suivi à Or Hahayim : « L’autre facteur de stabilité, c’est le hazzan. En cinquante ans, nous n’avons eu que deux hazzanim d’exception, Simon Busbib z.l. et Daniel Lasry, excellents dans la voix et la maîtrise des textes, des mélodies, des parashiyot, des minhaguim et des traditions sépharades. Tous deux ont été consciencieux, investis, préparés avec sérieux et dotés d’une écoute gratifiante. »
Aujourd’hui, le très dévoué hazzan Daniel Lasry perpétue avec brio la riche tradition liturgique sépharade.
La francophonie constitue également un pilier important, permettant de préserver un espace culturel distinct et accessible aux différentes générations de la communauté.
Stéphanie Coriat observe un phénomène marquant au sein de la congrégation : un retour plus affirmé vers la pratique et l’étude.
« On sent clairement un regain de religiosité dans la communauté, dit-elle. Les femmes viennent davantage aux cours, posent plus de questions, cherchent à approfondir leurs connaissances en matière de Torah. Il y a une vraie soif de spiritualité. »
Ce renouveau se reflète dans la participation accrue des femmes aux activités proposées : cours réguliers, rencontres hebdomadaires, conférences, événements autour des fêtes et moments forts comme la Hafrachat Halla, qui a réuni dernièrement plus de soixante-dix femmes.
Les femmes jouent également un rôle actif dans la gouvernance de la synagogue, siégeant au conseil d’administration et contribuant à la réflexion stratégique.
Attirer les jeunes, est-ce un défi ?
« Oui, c’est un grand défi, reconnaît Marco Moyal. Nous avons cependant un minyan de jeunes très actif, avec une trentaine de participants. Il y a une dynamique positive. Les choses prennent du temps. Chaque chose a son moment. L’important est de créer un cadre accueillant et structuré. »
L’avenir et la transmission de l’héritage spirituel et identitaire sépharade interpellent Ralph Rimokh.
« Préserver notre identité tout en répondant aux besoins de la nouvelle génération est essentiel, dit-il. Le rôle du rabbin est central à ce chapitre-là, tout comme celui des parents et de l’administration de la synagogue. C’est un travail d’équipe. Les synagogues qui réussissent à attirer les jeunes sont celles où le leadership spirituel est fort. »
Les événements macabres du 7 octobre 2023 ont bouleversé la communauté d’Or Hahayim. La mobilisation a été immédiate.
« Or Hahayim est une congrégation très sioniste et profondément attachée à Israël. Après la tragédie du 7 octobre, en un seul Shabbat, nous avons amassé près de 100 000 $ pour Israël », rappelle Marco Moyal.
La synagogue a également renforcé ses mesures de sécurité, tout en maintenant un climat accueillant et solidaire.
Aujourd’hui, Or Hahayim se définit de plus en plus comme un véritable centre communautaire.
« Ce n’est pas seulement un lieu de prière. On a créé une grande famille », dit le rabbin Malkiel Abdellak.
Une famille où se côtoient jeunes, jeunes couples, familles établies et aînés, unis par un même sentiment d’appartenance.
Forte de l’héritage spirituel transmis par le rabbin Dr Moïse Ohana, de l’engagement très dévoué de ses dirigeants et du dynamisme de ses membres, Or Hahayim poursuit son chemin avec confiance.
Comme le dit si bien Marco Moyal : « Dans cette congrégation bénie, je n’ai que des amis et des frères. »
Une phrase lapidaire, mais profondément révélatrice de l’esprit qui anime Or Hahayim depuis plus de cinquante ans.
La congrégation a su préserver le trésor de ses traditions liturgiques marocaines et la mémoire de ses bâtisseurs, tout en s’engageant sans crainte sur le chemin du renouveau.
Dans un paysage communautaire montréalais en constante mutation, Or Hahayim affirme sa volonté de rester, plus que jamais, une maison de prière, d’étude et de rassemblement pour toutes les générations, une « seconde famille » où la flamme sépharade continue de briller, fidèle à son glorieux passé et confiante en son avenir.
