Former la relève : la CSUQ mise sur ses futurs leaders
Entrevue avec Emmanuelle Amselem Ouellette et Mark Edery, coprésidents du Programme de leadership communautaire sépharade (LCS)
Par Elias Levy
Une quinzaine de jeunes professionnels, âgés de 30 à 40 ans, participeront, de la mi-avril au début juin, au Programme de leadership communautaire sépharade (LCS) de la CSUQ. Il s’agira de la deuxième cohorte.
« Après avoir été interrompu en raison de la pandémie de COVID-19, le programme de leadership existant – alors axé sur un voyage de retour aux sources au Maroc, en Espagne ou au Portugal – a été repensé et réorienté en 2022, à l’initiative de Karen Aflalo, ancienne présidente de la CSUQ. La première cohorte du LCS a eu lieu en 2025 », précise Janice Silverstein, directrice adjointe aux opérations à la CSUQ et coordonnatrice du LCS.
Objectif de ce programme organisé sous l’égide du département Jeunesse : former la relève bénévole en l’outillant avec des compétences et des concepts de leadership pertinents, afin de renforcer sa capacité à exercer un leadership dans toutes les sphères de la vie, tout en explorant l’identité sépharade et en cultivant le désir de l’engagement communautaire.
Deux jeunes leaders remarquables, Emmanuelle Amselem Ouellette et Mark Edery, qui se connaissent depuis l’enfance, en sont les coprésidents.
Qu’est-ce qui les a motivés à s’impliquer dans ce programme de leadership ?
« Sur le plan personnel, m’impliquer dans un programme de leadership correspond parfaitement à mes valeurs. J’y ai moi-même participé il y a quelques années, en tant que membre d’une cohorte. L’expérience m’a énormément apporté, tant sur le plan professionnel que personnel. J’aime m’impliquer et contribuer. J’ai grandi avec cet exemple à la maison. Mon père, feu Jean Ouellette, était très engagé dans la communauté. Je vois aussi mon implication comme une obligation morale puisque, à mon avis, nous avons la chance de faire partie de la communauté juive la plus engagée de la diaspora. Nous avons tous un rôle à jouer », nous a dit Emmanuelle.
Cette avocate, chef des affaires juridiques au sein d’un grand groupe spécialisé dans les résidences pour aînés, mariée et mère de deux enfants, précise les objectifs du programme.
« À court terme, nous voulons offrir aux participants des outils concrets et directement applicables. Ils en ressortiront avec des compétences précieuses. À moyen et à long terme, nous espérons qu’ils auront envie de redonner à la communauté ; qu’ils diront oui lorsqu’on les appellera pour présider un comité, organiser un événement ou piloter un projet. Il y a de véritables étoiles dans chaque cohorte. Ce serait dommage de ne pas aller les chercher et de leur dire : “Nous avons besoin de toi.” »
Au départ, Mark Edery, qui œuvre dans l’industrie pharmaceutique, marié et père de quatre enfants, voyait ce programme comme une manière concrète d’aider les jeunes professionnels dans leur quotidien, tant au travail que dans leur vie personnelle : mieux réfléchir, élargir leur réseau de contacts, prendre du recul avant de prendre des décisions importantes. Avec le temps, sa vision du programme a évolué.
« Je viens d’une famille très engagée dans la communauté. Mon père, Sam Edery, est très impliqué auprès de la CSUQ depuis de nombreuses années. De mon côté, je n’avais pas encore pris la relève. Ce programme a donc été, pour moi, une véritable porte d’entrée dans ma communauté. Une occasion concrète de m’engager davantage. Ce n’est pas un programme de sollicitation, ce n’est pas l’objectif, mais il suscite naturellement un attachement et un fort sentiment d’appartenance à notre communauté. Je siège aussi au conseil d’administration de la Fondation communautaire juive de Montréal (FCJ). C’est pour moi un immense honneur de servir notre communauté et un privilège de faire partie de la CSUQ. »
Conçu par Jason Kisber et animé par Patrick Bensoussan, le programme se déroule en plusieurs séances, chacune centrée sur des thématiques précises liées au leadership. Parmi les sujets abordés : la gestion des conversations difficiles, l’écoute active, la prise de décision, l’intelligence émotionnelle, le leadership collaboratif…
« Ce sont des concepts très actuels, auxquels les jeunes professionnels sont particulièrement sensibles. Nous misons désormais sur quelque chose de plus pratique, de plus applicable, de plus “terrain”. Dans le passé, l’approche était parfois plus théorique. Aujourd’hui, chaque séance combine une présentation en plénière et des ateliers en petits groupes afin de mettre immédiatement les notions en pratique », précise Emmanuelle.
Un comité de sélection identifie des personnes présentant un fort potentiel de leadership ou un parcours particulièrement prometteur. Le groupe sélectionné se veut le plus diversifié possible : entrepreneurs, médecins, avocats, cadres, mères au foyer…
« Nous cherchons aussi à repérer des personnes qui ne sont pas encore très impliquées dans la communauté, mais qui pourraient le devenir. Nous visons large. Le processus de sélection est fluide. Les personnes retenues sont motivées et heureuses d’avoir été approchées », ajoute Mark.
Les participants sentent-ils qu’ils ont leur place au sein de la structure organisationnelle de la CSUQ ?
« Oui, c’est essentiel. Former des leaders sans leur offrir un espace pour s’engager serait incohérent. Notre objectif n’est pas de les convaincre de prendre en charge un festival ou un projet dès la fin du programme, mais qu’ils sachent qu’ils ont une place au sein de notre communauté et qu’ils peuvent y contribuer en mettant à profit leur expertise. Nous voulons créer un véritable réflexe communautaire. Qu’ils se sentent reconnus comme des leaders crédibles et prêts à s’engager », souligne Emmanuelle.
Mark abonde dans le même sens.
« Les portes sont grandes ouvertes aux jeunes à la CSUQ. Ce programme de leadership a été, pour moi, la porte d’entrée vers un engagement communautaire plus structuré. Après ma première participation, je n’ai pas immédiatement assumé d’autres responsabilités au sein de la CSUQ. Toutefois, lorsque l’idée de relancer le programme LCS est revenue récemment, j’ai levé la main sans hésiter. J’ai dit : “Oui, je trouverai le temps”. Le succès de l’édition précédente nous a motivés à poursuivre. Même si mon implication passe principalement par ce programme de leadership, cela me permet de rester engagé et de contribuer modestement, mais, concrètement, à ma communauté. »
Le programme 2026 mettra-t-il davantage l’accent sur l’identité sépharade ?
« Oui. Fait intéressant, nous pensions initialement ne pas trop mettre l’emphase sur la dimension identitaire, dit Emmanuelle. Or, les participants de la cohorte précédente nous ont demandé de mettre davantage l’accent sur l’identité juive et sépharade. Nous cherchons donc un équilibre : un leadership pratique d’un côté, une réflexion identitaire de l’autre. Les deux dimensions sont essentielles. »
Un leader sépharade est invité à chaque séance.
« En misant sur la formation, l’identité et l’engagement des jeunes adultes, la CSUQ ne prépare pas seulement de futurs leaders, elle façonne l’avenir de toute une communauté », conclut Mark.
Pour plus d’informations, contacter Janice Siverstein, directrice aux opérations et coordonnatrice du programme LCS. Tél. : 514 734-1355. E-mail : jsilverstein@csuq.org
