« Un État palestinien ne pourra être établi sans l’accord d’Israël »
Entrevue avec l’ambassadeur Avi Pazner
Par Elias Levy
Grande figure de la diplomatie israélienne, Avi Pazner a été ambassadeur d’Israël en France et en Italie. Au début des années 1990, il a été l’un des principaux architectes de la normalisation des relations diplomatiques entre l’État d’Israël et le Vatican.
Il a également assumé d’autres fonctions majeures : conseiller politique de plusieurs premiers ministres d’Israël, porte-parole du gouvernement israélien, président mondial du Keren Hayesod – Appel unifié pour Israël.
Ce fin connaisseur des rouages et des subtilités diplomatiques nous a livré, depuis Jérusalem, ses vues sur la reconnaissance de l’État de Palestine par plusieurs pays occidentaux.
Quelles sont vos impressions sur la reconnaissance de l’État de Palestine par la France, la Grande-Bretagne, le Canada et l’Australie ?
Bien évidemment, nous sommes très déçus que des pays qui se disaient amis d’Israël aient choisi de reconnaître l’État palestinien. Et cela, après le 7 octobre 2023, lorsque le Hamas a attaqué Israël, provoquant la plus grande tragédie du peuple juif depuis la Shoah.
Le « prix » que reçoivent aujourd’hui ces terroristes, c’est précisément cette reconnaissance : des pays, prétendument amis d’Israël, légitiment un État palestinien après, et en réalité à cause des atrocités commises par le Hamas contre le peuple juif.
Pour les Israéliens, c’est incompréhensible. Et il est évident qu’après une telle tragédie, et compte tenu de ce que nous savons des dirigeants de l’Autorité palestinienne – corrompus et profondément hostiles à Israël –, nous n’accepterons pas la création d’un État palestinien. Ceux qui en parlent ne produisent que des mots vides, dénués de portée pratique.
Cette reconnaissance aura-t-elle des conséquences concrètes pour Israël ?
Non, cette reconnaissance est surtout symbolique. Bien sûr, c’est désagréable de voir que des pays qui se disaient amis d’Israël, malgré nos explications et les informations que nous leur avons transmises, ont choisi d’ignorer nos arguments.
Mais, vous savez, un État palestinien ne peut être établi sans l’accord d’Israël. Et tant qu’Israël considérera qu’un tel État constitue un danger pour sa sécurité et son avenir, il n’y aura pas d’État palestinien.
Il faudra trouver d’autres solutions pour les Palestiniens vivant en Judée-Samarie et à Gaza. Mais nous ne permettrons pas la création d’un État qui menacerait la sécurité et la pérennité d’Israël.
La décision du président Emmanuel Macron, qui a abandonné les conditions préalables qu’il avait posées pour reconnaître l’État palestinien, vous déçoit-elle en tant qu’ancien ambassadeur en France ?
Personnellement, je suis profondément déçu. Je savais qu’Emmanuel Macron n’avait pas une amitié particulière pour Israël, mais je ne pensais pas qu’il irait jusqu’à reconnaître unilatéralement un État palestinien.
Certes, comme l’a dit Donald Trump, cela ne change pas grand-chose au niveau international. Mais c’est une gifle diplomatique à l’endroit d’Israël, et un pas dangereux. Car un État palestinien doit être le résultat de négociations avec Israël : définir des frontières, traiter la question des implantations, envisager une coopération économique, et surtout obtenir la reconnaissance d’Israël par les Palestiniens. Or, dans le « plan Macron », rien de tout cela n’existe.
C’est une reconnaissance dans le vide, sans frontières définies, sans accord préalable. C’est extrêmement dangereux.
Cette initiative affaiblit toute perspective de négociation : pourquoi les Palestiniens feraient-ils des concessions à Israël s’ils obtiennent déjà un État reconnu ?
Quelle lecture faites-vous de ce virage politique du président français ?
J’y vois une sorte de « mélenchonisation » de Macron. Vous savez que Jean-Luc Mélenchon avait fait de l’établissement d’un État palestinien l’un des piliers de sa campagne. Tout le monde riait de cette utopie, mais voilà que Macron reprend ses thèses – sans jamais citer son nom, bien sûr.
Pourquoi ? Sans doute pour séduire un électorat musulman et arabe important. Mais Macron n’est même pas en campagne présidentielle… alors pourquoi ce geste ?
Ce qui est certain, c’est que cette décision est illogique, même pour ceux qui souhaitent la création d’un État palestinien. Elle fait reculer les chances d’y parvenir, car les Palestiniens n’auront plus aucun intérêt à négocier avec Israël.
Craignez-vous d’éventuelles sanctions économiques européennes contre Israël ?
Ce scénario est possible. Certains pays européens – l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, entre autres – militent déjà en ce sens. Pour l’instant, la majorité des pays de l’Union européenne refuse d’en entendre parler.
Mais si un jour des sanctions économiques nous étaient imposées, nous saurions nous adapter. Israël dispose d’autres marchés, d’autres débouchés pour ses exportations, et des moyens de maintenir son économie. Bien sûr, ce serait regrettable, mais nous saurions vivre avec.
Israël est-il plus que jamais isolé diplomatiquement ?
Non, car Israël peut compter sur le soutien indéfectible des États-Unis. Cette amitié est extrêmement solide. Le président Trump a toujours manifesté un appui inébranlable à Israël.
Au moment où je vous parle, Benyamin Netanyahou et Donald Trump se rencontrent à la Maison-Blanche pour discuter d’un plan de paix. Aujourd’hui encore, seuls les États-Unis sont capables de faire avancer une véritable paix au Moyen-Orient. Les résolutions de l’ONU, de l’Europe ou de certains pays isolés sont marginales en comparaison de l’influence américaine et du lien stratégique qui unit Israël et les États-Unis.
