La réunion des exilés de Mylène Greenstein
Par Virginie Soffer
Un immeuble du quartier Florentine, à Tel-Aviv. On y croise ses habitants et leur quotidien : Noga, baba cool de retour de Goa, Avital, joueuse de darbouka, Edna et son chat… Qu’ont-ils en commun ? Pas grand-chose, sinon d’habiter le même quartier dynamique et de partager la même liberté.
Avec La réunion des exilés (éditions Librinova), Mylène Greenstein publie un premier roman jubilatoire et très captivant, où elle décrit ce quartier bigarré qu’elle connaît bien pour y vivre depuis de nombreuses années.
Nous l’avons rencontrée.
Qu’est-ce qui vous a incitée à écrire ce roman ?
Je raconte dans cette histoire l’environnement dans lequel je vis. En même temps que je narre ce récit, j’ai voulu apporter un témoignage sur la société israélienne qui m’entoure, sur mon alya et sur ma redécouverte d’Israël.
Je vis ici depuis presque dix ans maintenant, et j’ai découvert un pays différent de celui dans lequel j’avais vécu il y a une cinquantaine d’années.
Ce livre est donc à la fois un témoignage personnel – même si l’histoire n’est pas racontée à la première personne – et une sorte de description sociologique de la société israélienne. C’est mon regard sur celle-ci.
Pouvez-vous nous expliquer ce titre : La réunion des exilés ?
Cela peut surprendre, parce qu’on vient en Israël pour retrouver la Terre promise. Mais dans ce roman, je décris surtout la société du sud de Tel-Aviv où, comme dans toutes les grandes villes, les habitants viennent souvent d’ailleurs – d’autres régions du pays, voire de l’étranger – et sont donc, d’une certaine façon, eux aussi des exilés.
Je pense aussi que même en montant en Israël par conviction sioniste, même en s’y sentant très bien, très intégré, on reste exilé de quelque chose comme de sa langue maternelle, de sa culture d’origine.
Les personnages de votre roman, ceux qui vivent dans cet immeuble, sont-ils inspirés de personnes que vous avez rencontrées ?
Tous ces personnages sont inventés. Ils sont inspirés de personnes existantes, mais sont le résultat d’un mélange, un cocktail de réalité et de fiction. Certains traits viennent de gens que je croise, mais ce n’est ni leur vrai nom, ni nécessairement leur histoire. Ils sont vraiment représentatifs de cette société de jeunes – et pas seulement de jeunes d’ailleurs – qui vit aujourd’hui dans ce quartier de Tel-Aviv.
Avez-vous écrit ce livre après le 7 octobre ?
Non, pas du tout. Ce livre était au départ destiné à être plutôt léger.
Quand j’ai commencé à l’écrire, j’en connaissais déjà la fin ; il ne me restait qu’à dérouler l’histoire, à décrire les personnages, les fêtes nationales et les fêtes civiles.
Mais au moment où je devais conclure, écrire le dernier chapitre, le 7 octobre est arrivé.
Après cet événement funeste, pendant plusieurs mois, je ne pouvais plus écrire. Je n’arrivais plus à livrer quoi que ce soit.
À la toute fin du livre, j’ai raconté ce que nous avons réellement vécu dans l’immeuble durant cette journée noire pour le peuple d’Israël. Cette partie-là n’est pas inventée. Elle décrit comment nous avons vécu le 7 octobre, comment cet événement a transformé une vie jusque-là légère, insouciante, presque apaisée. Et cette vie n’a toujours pas repris son cours aujourd’hui.
Vous faites une large place à la musique dans votre livre.
Oui, la musique fait vraiment partie de l’histoire. Elle accompagne le récit, car en Israël, chaque événement a souvent sa chanson emblématique.
La musique est essentielle dans la vie sociale israélienne, elle a aussi été pour moi un lien avec Israël, même quand je n’y vivais pas.
Il était donc naturel que mon premier livre consacré à Israël fasse une grande place à ces chansons.
Celles que j’évoque dans le livre, beaucoup datent des années 1970, sont devenues aujourd’hui des classiques, mais elles sont aussi, pour moi, nostalgiques.
Vous avez également intégré de nombreuses photos. Pouvez-vous nous en parler ?
Lorsque j’ai arrêté ma carrière en France et que je suis allée vivre en Israël, j’ai consacré beaucoup de temps à la randonnée. J’ai parcouru le pays en long, en large et en travers. Il y a près de 1 000 kilomètres du nord au sud. C’est le chemin national d’Israël, je l’ai parcouru plusieurs fois !
Ces randonnées m’ont permis de découvrir des endroits plus éloignés des villes que je ne connaissais pas et auxquels tout le monde n’accède pas. J’ai souhaité partager ces images dans le livre comme un témoignage visuel moins connu de tous.
Aujourd’hui, la photographie occupe une place aussi importante dans ma vie que l’écriture. J’ai désormais le temps de m’y consacrer pleinement.
À qui s’adresse principalement ce livre ?
Je pense d’abord aux Français vivant en Israël – à Jérusalem, à Haïfa ou dans des villages plus éloignés – qui ne connaissent pas forcément la vie quotidienne à Tel-Aviv.
Mais aussi aux francophones qui vivent hors d’Israël. Et pas uniquement aux Juifs : certains de mes lecteurs, qui n’ont jamais visité Israël, ont été sensibles à cette histoire.
Je crois que ce livre peut parler à tout le monde. Les Israéliens qui vivent ici depuis longtemps seront peut-être moins concernés.
Mais tout immigrant, tout étranger qui souhaite découvrir une autre facette d’Israël que celle habituellement présentée trouvera sans doute de quoi être surpris, car chacun évolue dans sa propre tribu sociale, sans toujours connaître celle des autres. Je raconte l’histoire de rencontres entre des personnes d’univers différents réunis malgré eux.
Crédit photo : © M. Greenstein
