Didier Benita, un mécène remarquable
Entrepreneur à succès, œuvrant dans l’univers de la technologie médicale, et mécène remarquable, Didier Benita souhaite ardemment renforcer les liens entre le Québec, la France et Israël par l’entremise de projets innovateurs au cœur desquels la francophonie jouera un rôle de premier plan. C’est le but de la fondation familiale qu’il a créée à la suite de la razzia pogromiste perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023.
Rencontre avec un leader visionnaire et admirablement engagé envers Israël.
La journée noire du 7 octobre 2023 a chambardé votre vie.
Oui. À l’instar de la grande majorité des Juifs de la diaspora, cette attaque sauvage et très meurtrière contre Israël m’a profondément ébranlé. Ce fut un moment de bouleversement personnel et collectif. Ce jour-là, c’est une partie de notre humanité qui a vacillé. Avant ce pogrom, j’entretenais une relation distancée avec Israël, que je n’avais visité qu’une fois.
Le 7 octobre 2023, j’ai pris conscience que les mots ne suffiraient pas, qu’il fallait que je fasse quelque chose de concret pour exprimer ma solidarité indéfectible avec le peuple d’Israël agressé par des hordes de terroristes fanatiques. Le mot hébreu qui incarne le mieux mon grand désir de mettre en branle des actions tangibles est tahless. Mes amis israéliens me surnomment ainsi. En tant que Canadien francophone profondément attaché à Israël, j’ai ressenti un devoir : celui d’agir, de manière concrète.
Pourquoi avez-vous créé la Benita Family Foundation ?
J’ai créé cette fondation à la suite des événements funestes du 7 octobre 2023. Mais, au-delà de l’urgence, j’ai compris qu’il manquait un pont, que je m’attelle à bâtir, pour rapprocher les communautés francophones – du Québec, de France et d’autres pays de la Francophonie – et le peuple d’Israël, qui a tant besoin de solidarité ces temps-ci. Ce pont sera une passerelle culturelle et linguistique pour transformer l’émotion en action et le soutien à Israël en engagement. Les francophones ont une voix, une culture et une générosité uniques. Il est temps qu’elles s’expriment aussi pour défendre la cause très légitime d’Israël.
Quels sont les principaux objectifs de la Benita Family Foundation ?
L’objectif principal est d’institutionnaliser le pont interculturel que nous souhaitons bâtir par le truchement de programmes éducatifs, de stages, d’échanges culturels… Créer une présence francophone durable dans les programmes d’aide humanitaire à Israël, tellement nécessaires en ces temps de guerre. J’aimerais aussi que notre fondation ait des relais dans d’autres pays francophones : en Europe, en Afrique…
Je rêve que dans cinq ans, grâce à notre fondation, un étudiant québécois puisse faire un stage dans le domaine de l’humanitaire en Israël ou un médecin français contribuer à la mise sur pied d’une clinique dans le Néguev. Nous voulons aussi mettre en œuvre
des projets de partenariat, basés sur des valeurs communes, entre le Québec, la France et Israël.
Votre famille a joué un rôle important dans la création de votre fondation.
Absolument. Ma fille, Chloé, 21 ans, étudiante à l’Université McGill en histoire de l’art, est une jeune femme merveilleuse, réservée et assez timide, qui s’engage rarement dans des causes politiques. Le pogrom du 7 octobre 2023 l’a profondément révulsée. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, elle aurait pu détourner les yeux et se protéger. Or, depuis le 7 octobre 2023, j’ai observé chez elle une réelle prise de conscience et une envie profonde de s’engager auprès d’Israël et d’agir. Elle m’a soutenu dans chaque initiative. À sa manière, elle m’a rappelé que l’espoir est contagieux, que le courage traverse les générations et que même dans l’obscurité, la jeunesse peut nous éclairer.
Je tiens aussi à remercier ma compagne, Laurence. Son attachement profond au peuple et à la terre d’Israël m’a donné une force inouïe pour mettre en œuvre la mission de notre fondation.
La francophonie est au cœur de votre action en faveur d’Israël.
Certainement. La francophonie, souvent sous-estimée dans notre communauté, sera le pivot central de ce projet visant à rapprocher les communautés francophones et le peuple d’Israël. Il faut rappeler qu’aujourd’hui, la francophonie est une réalité vivace dans la société israélienne. La population d’Israël compte presque un million de francophones, fortement attachés à la langue et à la culture françaises. Plusieurs institutions culturelles et socioéducatives francophones israéliennes sont très actives. Je suis convaincu que la francophonie favorisera le rapprochement des sociétés québécoise et israélienne par l’entremise de projets communs dans divers champs : culture, éducation, technologie, médecine… C’est un grand atout qui, regrettablement, n’est pas suffisamment valorisé.
La CSUQ est un partenaire de choix de la Benita Family Foundation. Celle-ci a commandité un événement majeur du Festival Sefarad de Montréal 2025 : le concert du chanteur israélien Eden Hason.
Ce fut une soirée mémorable, fruit d’un partenariat étroit avec la CSUQ. Je tiens à remercier la dynamique équipe de professionnels et de bénévoles de la CSUQ, particulièrement Benjamin Bitton, directeur général, et Sabine Malka, directrice des activités culturelles et du Festival Sefarad de Montréal, pour leur appui et leur dévouement sans faille.
J’ai invité des personnalités d’Israël, dont des membres de l’équipe de la chaîne de télévision i24News, et de France à assister à cette soirée, car je tiens à bâtir des passerelles entre nos trois communautés.
Une soirée certes ambitieuse. Les dirigeants de la CSUQ avaient des craintes au départ. Ils m’ont fait confiance et m’ont suivi à fond. Je les en remercie. Ils ont été exceptionnels, particulièrement les bénévoles impliqués dans l’organisation de cette soirée. Ils ont excellé dans tous les domaines : la logistique très exigeante, la coordination de l’événement… Ils ont suivi le fil conducteur du début à la fin.
Cette grande soirée de solidarité avec Israël nous a permis de créer une dynamique. Nous devons continuer sur cette lancée.
Ça a été un grand privilège d’accueillir à Montréal pour la première fois le très talentueux jeune chanteur israélien Eden Hason. J’ai eu la chance d’être à ses côtés pendant cinq jours d’affilée. Quel être extraordinaire ! Je compte le réinviter l’année prochaine. L’immense foule en liesse – quelque 2000 personnes – qui a assisté à son concert au Théâtre Saint-Denis a été subjuguée par sa brillante performance musicale.
Un gala a précédé le concert.
L’objectif du gala était de lancer la Benita Family Foundation afin de recueillir, à moyen ou à long terme, un maximum de fonds qui nous permettront de financer des projets ponctuels et divers en Israël. Je contribue au maximum de mes capacités à la fondation, tout en essayant d’associer à celle-ci d’autres donateurs. Je me considère comme le premier de cordée.
Quels types de projets souhaitez-vous soutenir en Israël ?
J’ai rencontré en Israël des personnes extraordinaires qui souhaitent être associées à nos futurs projets : Yossi Shnaider et Jimmy Miller, cousins de la famille Bibas, dont trois membres, Shiri Bibas et ses deux enfants, otages du Hamas, ont été cruellement assassinés ; Gadi Moses, 81 ans, qui a passé 500 jours dans les tunnels de Gaza avant d’être libéré, un homme d’un courage exceptionnel ; Aviv Hemo, capitaine de réserve de Tsahal, fondateur de l’association Or Laktuma, qui vient en aide à de nombreuses familles endeuillées ; Olivier Rafowicz, colonel de l’armée israélienne et porte-parole de Tsahal auprès des médias francophones…
Le but de la Benita Family Foundation est d’agir d’une manière très concrète en finançant des projets particuliers : l’achat d’un tracteur pour des paysans, l’édification d’un parc et d’une aire de jeu près du kibboutz Nir Oz, saccagé par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023…
Nous allons aussi soutenir des organisations très actives qui sauvent des vies, comme Sauveurs sans frontières, une organisation paramédicale privée israélienne qui a pour mission de porter assistance à des personnes en danger de mort ou grièvement blessées. Fondée et présidée par le rabbin Arié Levy, cette association a, depuis le 7 octobre 2023, prodigué des soins paramédicaux à de nombreuses victimes d’attaques terroristes.
Avez-vous un message à transmettre aux membres de notre communauté ?
Grâce à notre réseau, on agit vite et efficacement. Chaque francophone qui nous rejoint devient un maillon de cette chaîne solidaire. Chacun peut contribuer : par un don, un mot, un relais, un engagement. En ces temps si ardus, Israël n’est pas seul quand nous sommes tous unis. Les francophones ont un rôle clé à jouer dans ce nouvel élan de solidarité.
Crédit photo : © CSUQ
