LA LITTÉRATURE MAGHRÉBINE SÉPHARADE AU QUÉBEC

ENTREVUE AVEC LE POÈTE GEORGES AMSELLEM PAR ELIAS LEVY

Elias Levy

Elias Levy

 

« Je me suis toujours défini comme un nomade en transit permanent »

Nous vous proposons un coup de projecteur sur le poète montréalais Georges Amsellem. Son actualité : sa récente participation à des soirées de poésie, dont une qui s’est tenue à l’UNEQ, la Maison des écrivains québécois, et une autre, parrainée par le Centre culturel marocain, qui a eu pour théâtre le Vieux-Port de Montréal, et l’analyse de son œuvre poétique dans deux livres parus cette année.

Najib Redouane et Yvette Bénayoun-Szmidt analysent exhaustivement l’œuvre poétique de Georges Amsellem dans un livre intitulé « Littérature maghrébine sépharade. Voix migrantes au Québec » Tome 2 (Éditions L’Harmattan, 2018). Dans cet ouvrage imposant, les œuvres de seize autres écrivains sépharades québécois sont aussi rigoureusement décryptées : Bob Oré Abitbol, Salomon Benbaruk, Serge Ouaknine, Leila Young, Clémence Bendelac-Lévy, Mary Abécassis-Obadia, David Bendayan, David Bensoussan, Pierre Lasry, Raphaël Lévy, Fiby Bensoussan, Yvette Bénayoun-Szmidt, Thérèse Zrihen-Dvir, Jacques Bensimon, Roger Elmoznino et Sylvie Assouline. La Voix Sépharade ne manquera pas de mettre aussi en valeur prochainement ces autres auteurs.

Dans son livre « Francophonie québécoise et littérature marocaine migrante » (Éditions L’Harmattan, 2017), l’écrivain et critique littéraire Mostafa Benfares explore aussi l’œuvre poétique de Georges Amsellem.

Né en 1947 à Midelt, une petite ville située entre le Haut et le Moyen Atlas, Georges Amsellem est l’auteur de trois recueils de poèmes remarqués, « Le cœur en voyage » (Éditions CIDIHCA, 1999), « Secrets murmurés » (Éditions Elzévir, 2009) et « Nomad’s Land » (Éditions Balagane, 2014). Polyglotte, il parle couramment le français, l’anglais, l’hébreu et l’arabe. Il a écrit des scénarios de films et produit plusieurs longs métrages.

Dans sa préface du livre « Le cœur en voyage », le grand poète québécois, feu Gaston Miron, encense son travail littéraire. « La poésie de Georges Amsellem est une poésie de la mémoire. Non pas une mémoire figée, nostalgique, mais, au contraire, une mémoire active qui donne des signaux aux hommes et aux femmes de l’avenir. C’est une mémoire tournée vers l’avenir. Une espèce de vigilance, car il n’y a pas d’avenir sans mémoire », a écrit Gaston Miron.

Georges Amsellem a accordé une entrevue à La Voix Sépharade.

Pourquoi la poésie vous passionne-t-elle?

La poésie m’a toujours obnubilé. C’est une synthèse entre l’émotion et le cérébral. Un poème commence toujours par une émotion et fait appel ensuite à notre capacité cérébrale. Dans plusieurs pays, la poésie est un genre littéraire fort populaire. Le Québec compte de brillants poètes, mais, regrettablement, ils ont peu de lecteurs. La poésie est un vecteur littéraire puissant qui permet de dénoncer, avec subtilité, les misères qui affligent l’humanité et d’évoquer les espoirs ardents qui nous donnent une raison de croire en un avenir meilleur.

Quels sont vos thèmes de prédilection?

Je me suis toujours défini comme un nomade en transit permanent. L’exil, le nomadisme, l’immigration, le déracinement des minorités, la menace que fait peser sur l’identité la mondialisation culturelle sont des thèmes qui me sont chers et que j’aborde dans mes poèmes. En tant qu’immigrant natif du Maroc, j’ai toujours été très sensible aux problématiques de l’exclusion et de la marginalisation des minorités. La poésie est un mode d’expression très éloquent pour transmettre des messages à connotation sociale ou politique. Bon nombre de poètes dénoncent avec doigté et perspicacité les injustices sociales qui sévissent dans notre monde désarçonné.

Évoquez-vous dans vos poèmes vos racines identitaires sépharades?

Ces racines sont fondamentales pour moi. Je suis un Sépharade marocain de souche berbère profondément attaché à mes racines juives. Mais je suis aussi un être mondialiste. Je me suis toujours senti très proche des autres cultures. La notion de « Juif de Ghetto », de même que le communautarisme, m’horripilent au plus haut point. Les Juifs ne pourront avoir un avenir prometteur que s’ils bâtissent des ponts avec les autres communautés. J’évoque parfois dans mes poèmes mes tourments identitaires. L’avenir de la culture sépharade me préoccupe beaucoup. Je suis assez pessimiste en ce qui a trait à la pérennité d’une culture sépharade d’expression française au Québec.

 

EXTRAIT D’UN POÈME DE GEORGES AMSELLEM

 

Georges Amsellem

Nous étions de partout

Venus de loin.

D’Europe et d’Afrique

D’Asie et du Levant.

En Terre française d’Amérique

L’avenir commençait maintenant.

 

Nous avions quitté

Nos vieux pays

Pour être ailleurs dans la vie,

Avions largué

Fatigués et intrigués

Nos histoires et nos origines

Nos souches et nos racines.

 

Étions pour la paix contre la guerre.

Traversé les mers pour l’hiver

Troqué le sable pour la neige

Et fui les états de siège…

 

(Extrait du poème « Les nomades immobiles » tiré du recueil « Le cœur en voyage »).

 

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