ISRAËL À LA POINTE DES DÉCOUVERTES SCIENTIFIQUES

PAR ANNIE OUSSET-KRIEF

Annie Ousset-Krief

Annie Ousset-Krief

Annie Ousset-Krief  était Maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Sorbonne Nouvelle à Paris. Elle réside maintenant à Montréal.

Les trois dernières décennies ont vu Israël accéder au rang des premières nations en termes d’innovations et de découvertes scientifiques et technologiques. « Start-Up nation » : c’est ainsi que cette petite nation de huit millions d’habitants est surnommée. Avec plus de 6 000 start-ups, Israël est devenu un leader mondial en haute technologie. Israël a maintenant sa Silicon Valley (le royaume du high-tech en Californie), la Silicon Wadi, située principalement sur la plaine côtière israélienne, qui attire les investisseurs du monde entier. Selon une étude réalisée par la société Start-up Compas 1, Israël est devenu le deuxième centre de nouvelles technologies, juste derrière la Silicon Valley 2.

C’est ce véritable miracle économique que décrivent Dan Senor et Saul Singer dans leur ouvrage Start-Up Nation, the Story of Israel’s Economic Miracle  (McClellan and Stewart, novembre 2009). « Ils ont essayé de nous tuer, nous avons gagné, maintenant nous sommes en train de transformer le monde », c’est ce que déclarait Saul Singer au Jerusalem Post 3. Esprit d’entreprise, dynamisme, capacité d’adaptation, accent mis sur la connaissance et l’innovation : toutes ces caractéristiques font d’Israël un pays d’excellence, et pour beaucoup, le pays innovant de demain.

Israël a su transformer en énergie créatrice ce qui était faiblesses naturelles – climat, terrain, absence de ressources naturelles – et contexte géopolitique défavorable. Sa capacité d’innovation est exceptionnelle et tout à fait exemplaire. L’État consacre près de 5 % de son PIB à la recherche et au développement – contre seulement 2,5 % dans les pays de l’OCDE (Organisation  de coopération et de développement économiques 4). Il est impossible de mentionner toutes les découvertes, mais un aperçu de certaines avancées scientifiques et technologiques nous permettra d’apprécier la place primordiale de l’État hébreu dans le monde.

En situation de défense et de conflit armé depuis sa fondation, Israël a dû développer sa capacité militaire après l’embargo français lors de la guerre des Six Jours. La technologie israélienne en matière militaire pour la défense de tous ses citoyens est l’un des grands atouts de l’État hébreu. L’une des inventions les plus notables est le système de défense aérienne Iron Dome – Dôme de fer – pour intercepter et détruire à courte portée les roquettes et obus d’artillerie. La cyberdéfense, pour protéger dans le cyberespace des informations sensibles et bloquer les tentatives d’intrusion ennemies, est également un secteur de pointe. La recherche militaire a ainsi un impact crucial sur la société civile, notamment grâce à la formation au développement informatique et à la cybersécurité, dispensée par Tsahal, l’armée de défense israélienne. Conséquemment, le pays a le plus fort taux au monde de travailleurs spécialisés en technologies de pointe. Confluence du potentiel humain, de l’investissement et de la recherche : Israël est, selon de nombreux experts, devenu l’épicentre mondial des hautes technologies.

Dans le domaine civil, les innovations sont innombrables. Les sionistes avaient compris dès le début l’importance fondamentale de former des ingénieurs qui bâtiraient la nation. Le célèbre Technion de Haïfa a été fondé en 1925, et a produit des dizaines de milliers d’ingénieurs, architectes, médecins. De cette élite sont issus trois prix Nobel de chimie – sur les six lauréats israéliens récompensés 5.

Usine de désalinisation de Sorek. (Source : Le Figaro)

Le pays est constitué à 60 % de désert, mais grâce à l’ensemble de ses découvertes, il a acquis son indépendance hydraulique. Les chercheurs ont mis au point des méthodes de désalinisation de l’eau de mer. Cette technique majeure a été exportée : la technologie israélienne est utilisée dans plus de 150 pays. Les plus grandes usines de désalinisation en Inde et en Chine ont été construites par l’entreprise israélienne IDE, leader mondial en la matière. IDE a également bâti en 2015 la plus grande usine de désalinisation des États-Unis, à Carlsbad en Californie.

l’entreprise Netafim, créée en 1965 dans un kibboutz du Néguev, a adopté et produit l’invention de l’ingénieur Simha Blass : l’arrosage goutte à goutte. Le modèle de goutteur permet une économie en eau de 50 % par rapport aux systèmes traditionnels. Aujourd’hui, 75 % des plantations agricoles et des espaces publics israéliens en bénéficient. Netafim est rapidement devenu champion mondial de ce modèle de micro-irrigation et est présent dans une centaine de pays.

Arrosage goutte à goutte

l’entreprise TaKaDu a produit un logiciel – IdO – pour améliorer la gestion des ressources hydrauliques. Ce procédé permet aux services publics de gérer les incidents sur le réseau de l’eau, notamment les fuites. Des millions de litres d’eau sont ainsi économisés : jusqu’à 30 % de pertes en moins chaque année. IdO est utilisé dans le monde entier.

Capsule endoscopique dotée d’une caméra
miniature pour examiner le système digestif

Sait-on que la petite tomate cerise qui agrémente nos apéritifs est le résultat de la recherche israélienne ? C’est grâce à Nachum Kedar, professeur émérite de l’Université hébraïque de Jérusalem, que ce petit fruit est cultivé et exporté partout dans le monde.

Outre la recherche en agriculture, bien d’autres domaines sont au cœur des inventions : la médecine en premier lieu. Israël est numéro 1 mondial pour les brevets de matériel médical par habitant. La firme Given Imaging (actions rachetées en 2015 par Medtronic) a ainsi créé en 2001 la PillCam, cette capsule endoscopique dotée d’une caméra miniature. Ce procédé permet de réaliser un examen du système digestif de manière sûre et non invasive.

C’est à une invention israélienne que Gabrielle Giffords, élue de la Chambre des Représentants des États-Unis, doit la vie : en janvier 2011, elle est la cible d’une fusillade lors d’une réunion politique à Tucson (Arizona). Grièvement blessée à la tête, elle est sauvée grâce à un bandage élastique spécial, avec applicateur de pression intégré, qui permet de stopper les hémorragies. L’Emergency Bandage (pansement compressif israélien) – surnommé Israeli Bandage – fut mis au point en 1994 par un médecin militaire israélien, Bernard Bar-Natan, et fut rapidement adopté par les armées américaine et britannique. Secouristes civils et hôpitaux l’ont intégré dans leur équipement de premier secours.

ReWalk Robotics a développé un système d’exosquelette robotisé afin d’aider les paraplégiques à marcher. Le ReWalk est l’œuvre de l’ingénieur Amit Goffer, lui-même tétraplégique à la suite d’un accident de voiture. Il mit au point l’exosquelette en 2004, sept ans après son accident. Mais il fallut plusieurs années pour que l’administration américaine donne son accord à la commercialisation du produit (2011). Aujourd’hui, il y a environ 400 utilisateurs de ReWalk dans le monde – notamment des vétérans de l’armée américaine. Des essais sont en cours pour une nouvelle version de ReWalk, une combinaison souple, ReStore, qui pourrait aider les patients victimes d’un accident vasculaire cérébral à retrouver la mobilité de leurs membres inférieurs.

Autre invention cruciale : Babysense, un moniteur respiratoire, a été conçu par la firme HiSense pour contrôler la respiration des bébés pendant leur sommeil et prévenir la mort subite du nourrisson. 

L’ingéniosité des Israéliens semble sans limite, et nous leur devons de nombreuses créations qui font partie de notre quotidien, comme la clé USB, invention de l’ingénieur Dov Moran, en 1998.

Toujours dans le domaine informatique, les Israéliens ont mis au point le logiciel de traduction automatique Babylon (commercialisé en 1997 par l’entrepreneur Amnon Ovadia). En un seul clic de souris, Babylon peut traduire des documents, textes, pages Web dans plus de 33 langues. Babylon compte cent millions d’utilisateurs.

Waze, une application mobile de navigation GPS, a été élaborée par le chercheur israélien Ehud Shabtai en 2008. Elle permet d’échanger en temps réel des informations sur l’état des routes et de la circulation. Plus de cent millions de personnes l’utilisent dans le monde. La société a été rachetée par Google en 2013.

L’équipement des automobiles en caméras intelligentes est également le fruit de la recherche israélienne : la start-up Mobileye a conçu un système de caméra capable de détecter piétons, vélos, motos, et ainsi prévenir les conducteurs de risques de collision. Mobileye a été adopté par une vingtaine de constructeurs automobiles mondiaux, parmi lesquels General Motors, Nissan, BMW et Honda.

Toutes ces inventions permettent d’améliorer la vie de millions de personnes, d’opérer le tikkun olam, la réparation du monde, au cœur du message biblique. C’est ce que souligne Avi Jorisch dans un récent ouvrage, Thou Shalt Innovate : How Israeli Ingenuity Repairs the World (Gefen Publishing House, mars 2018). L’auteur décrit « comment l’ingéniosité israélienne aide à nourrir ceux qui ont faim, à soigner les malades, protéger ceux qui sont sans défense, et à faire fleurir le désert 6». L’impact positif des inventions israéliennes sur nos sociétés est extraordinaire. Grâce à leurs technologies, les Israéliens savent rayonner dans le monde entier. Un exploit pour ce petit pays sorti du désert il y a à peine 70 ans.

 

Notes:

  1. Start-up Compass est une société américaine qui propose une analyse comparative des start-ups afin d’en améliorer la réussite.
  2. https://lentreprise.lexpress.fr/creation-entreprise/etapes-creation/le-silicon-wadi-la-terre-promise-des-start-up-israeliennes_1516378.html
  3. « They tried to kill us, we won, now we’re changing the world », Saul Singer, entretien réalisé par David Horovitz, The Jerusalem Post, 4 janvier 2011.
  4. L’OCDE est un organisme international, fondé en 1961, qui compte 35 pays membres. Les experts de l’OCDE analysent les données économiques des différents États et recommandent des politiques qui amélioreront le bien-être économique et social.
  5. Avraham Hershko (2004), Aaron Ciechanover (2004), Ada Yonath (2009), Dan Schechtman (2011), Michael Levitt (2013), Arieh Warshel (2013).
  6. http://avijorisch.com/book/thou-shalt-innovate
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