DE MONTRÉAL À L’INSTITUT TECHNION DE HAÏFA UNE ANNÉE D’EXPÉRIENCE ESTUDIANTINE EN ISRAËL

ENTRETIEN AVEC BENJAMIN WOLFF PAR SONIA SARAH LIPSYC

Dr Sonia Sarah Lipsyc

Sonia Sarah Lipsyc

Natif de Montréal, d’un père ashkénaze et d’une mère sépharade, Benjamin Wolff, âge 22 ans, étudie depuis cinq mois en Israël, à l’Institut Technion de Haïfa, dans le cadre d’un échange académique. Il a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions et de partager avec nous cette expérience qu’il vit pleinement en ne manquant pas de la recommander à d’autres étudiants. Dr Sonia Sarah Lipsyc est rédactrice en chef du LVS et directrice de Aleph – Centre d’études juives contemporaines.

École Polytechnique de Montréal

 

Institut Technion de Haïfa

 

Quel est votre parcours scolaire et universitaire et pourquoi avoir choisi d’étudier cette année en Israël ?

J’ai fait ma scolarité à l’école secondaire juive Herzliah dans le quartier Snowdon à Montréal, ce qui m’a donné une excellente base en hébreu, ce qui me sert jusqu’à aujourd’hui. Mes cours d’histoire juive, d’hébreu et de Tanach (Bible hébraïque) m’ont également aidé à mieux comprendre mon identité juive et à m’intégrer plus facilement dans la société israélienne. Toujours à Montréal, j’ai étudié ensuite au Cégep Marianopolis et je suis actuellement en 3e année de génie électrique à l’École polytechnique.

Comme Israël est très important pour ma famille et pour moi, je cherchais depuis le secondaire une opportunité pour y étudier. L’École polytechnique m’a donné l’occasion d’effectuer cet échange académique avec le Technion. Ce projet à l’étranger a pu se réaliser, entre autres, grâce à la participation financière de l’École polytechnique et de Lojiq (Les Offices jeunesse internationaux du Québec), qui donnent des bourses d’études aux étudiants québécois bénéficiant d’un échange académique.

Pouvez-vous présenter le Technion de Haïfa où vous vous êtes inscrit?

Le Technion, formellement nommé l’Institut Technologique d’Israël, est une université de recherche et chef de file en sciences pures et naturelles comprenant par exemple des disciplines telles que les mathématiques, les sciences informatiques, l’aéronautique, la biologie. Fondé il y a plus de cent ans, il est souvent perçu comme l’institut le plus prestigieux d’Israël en sciences. De fait, nombreuses sont les entreprises qui cherchent à recruter des étudiants du Technion. C’est ainsi que dans ma Faculté de génie électrique, les murs du bâtiment sont souvent recouverts d’offres d’emplois pour des start-ups, et de grandes sociétés américaines comme Intel, Apple et Amazon qui ont toutes des bureaux importants en Israël, et notamment à Haïfa. De plus, deux tiers des entreprises israéliennes du NASDAQ ont été fondées ou sont menées par des diplômés du Technion 1. Au niveau mondial, cet Institut figure parmi les cent meilleures universités au monde en 2017 selon le Shanghai Academic Ranking of World Universities 2017.

Est-ce que le fait de ne pas bien maîtriser l’hébreu est un obstacle pour suivre les cours au Technion?

Quand je dis à mes amis que j’étudie à l’université en Israël, souvent, ils me demandent comment je fais pour suivre mes cours en hébreu. Plusieurs solutions existent au problème de langue. D’abord, comme plusieurs universités israéliennes, le Technion offre certains programmes de premier cycle en anglais. Par exemple, les cours des diplômes de baccalauréat en génie mécanique et civil sont dispensés aussi bien en hébreu qu’en anglais. Il en est de même de tous les cours de base en mathématiques et physique (généralement pris par tous les étudiants en génie). En ce qui concerne les cours proposés exclusivement en hébreu, les étudiants dont la langue maternelle n’est pas l’hébreu bénéficient d’un temps supplémentaire de 25 % lors de leur examen (équivalent par ex. à 45 min pour un contrôle de 3 h). Leurs enseignants leur permettent aussi fréquemment de rédiger leurs devoirs et rapports en anglais. Mais pour celles ou ceux qui souhaiteraient user exclusivement de l’hébreu et évoluer aisément dans la société, il est certain qu’il faut avoir un bon niveau en hébreu et un désir profond de s’améliorer. D’après moi, « un bon niveau » se caractérise par l’habileté à pouvoir entretenir une conversation « de tous les jours » avec un Israélien en hébreu (bégayer un peu, c’est normal !). En bref, étudier en Israël et réussir ses cours est possible, soit en anglais, soit en se retroussant les manches et en apprenant l’hébreu.

Quelles sont vos conditions de vie et comment vous êtes-vous organisé?

Je vis dans les dortoirs d’une yeshiva (école talmudique) qui est à quelques minutes de l’université. La yeshiva s’appelle Yéshivat Hesder Or Vishua 2. Étant donné que la vaste majorité des étudiants y sont francophones (des Israéliens dont un parent est Français ou des Français ayant fait aliyah), je me sens très à l’aise parmi eux. Nous sommes à peu près une dizaine d’étudiants religieux du Technion vivant dans cette yeshiva, fondée par le Rabbin et Dr Éliahou Zini, ancien rabbin du Technion pendant plus de 30 ans et Docteur en Mathématiques du Technion. D’ailleurs, cette yeshiva encourage ses étudiants à suivre des études universitaires après qu’ils aient fini leurs études à la yeshiva.

Je suis vraiment heureux de vivre en yeshiva, parce que la yeshiva m’offre un environnement fraternel et convivial ainsi que l’opportunité d’étudier la Torah quand je veux. Au niveau social, mes conversations avec les étudiants de la yeshiva portent généralement sur des sujets de Torah et de judaïsme, ce qui me plait. Sur le plan religieux, la yeshiva n’impose pas aux Technioniens qui y vivent un quota d’heures d’études de la Torah. Nous sommes libres d’aller à tous les cours offerts et d’étudier en chavrouta, en binôme avec les rabbins et avec d’autres étudiants. Nous participons au cours du rabbin et directeur de la yeshiva le chabbat et nous sommes libres de poser aux rabbins toutes nos questions. Un autre avantage de faire ses études en vivant en yeshiva est de manger trois repas cachers par jour à la cantine de la yeshiva et de payer un loyer plus que raisonnable. En somme, mon expérience à la yeshiva favorise un équilibre entre mes études universitaires et ma vie juive. Elle me permet de nourrir ces deux aspects importants de ma vie.

Enfin, sur le campus de Technion et dans notre groupe d’étudiants internationaux, j’ai l’occasion de rencontrer des jeunes de partout au monde, d’échanger avec eux et de me faire de nouveaux amis et de nombreux contacts.

Quels sont vos projets?

Je vais retourner à l’École polytechnique en automne pour terminer la dernière année de mon baccalauréat en génie électrique. Je réfléchis si je vais poursuivre mes études en faisant une maîtrise ou si je vais chercher un emploi dans mon domaine après le baccalauréat.

Ce projet d’échange met au défi ma capacité d’adaptation et me permet d’obtenir une bien meilleure connaissance de moi-même.

Je suis reconnaissant à l’École polytechnique, au Technion et à la yeshiva Or Vishua de m’avoir aidé à réaliser ce rêve. Je suis certain que je retournerai en Israël et j’espère vous y retrouver aussi!

 

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