KATY BISRAOR AYACHE, LE MARIAGE. TOUT SUR LE MARIAGE JUIF…

PAR SONIA SARAH LIPSYC

Katy Bisraor

Dr Sonia Sarah Lipsyc

Sonia Sarah Lipsyc

Dans un ouvrage à la fois grand public et érudit, Katy Bisraor, journaliste et « toenet rabbanit », avocate auprès des tribunaux rabbiniques, nous propose un voyage dans les sources et le déroulement d’un mariage juif. Elle répond aux questions les plus fréquentes sur le mariage juif en prenant soin de présenter les coutumes sépharades et ashkénazes voire hassidiques. Avec son aimable autorisation, nous publions les « bonnes feuilles », des extraits, de cet utile ouvrage, paru aux Edition Pardes, Marseille, 2016 et disponible sur Amazon 1. Dr Sonia Sarah Lipsyc est rédactrice en chef du LVS et directrice de Aleph – Centre d’études juives contemporaines.

La date du mariage

Pourquoi le mardi est-il particulièrement favorable au mariage ?

Pour décrire le mardi, troisième jour de la Création, la Torah emploie à deux reprises l’expression : « (…) D.ieu considéra que c’était bien (….) » 2. Si D.ieu a considéré par deux fois que le troisième jour de la semaine était « bien », les fiancés d’aujourd’hui voudront, comme les fiancés d’hier, bénéficier des bénédictions du mardi 3.

Pourquoi le quinze du mois est-il favorable ?

Le quinze du mois lunaire juif est jour de pleine lune; le croissant lunaire devient rond comme le cycle de la vie, entier, achevé, parfait, lumineux : tous les attributs d’un mariage réussi.

« La chose la plus triste au monde, c’est lorsque les mariés cessent d’être fiancés ». Rabbin Shlomo Carlebach 4.

Se préparer au mariage

Dans la tradition juive, la fiancée et le fiancé, suivent des cours de préparation au mariage auprès d’une « madrikhat kala » (guide de la mariée) pour la jeune femme ou de rabbins pour le jeune homme (ndr).

Pourquoi les cours de préparation au mariage abordent-il les sujets les plus intimes de la vie du couple ?

(….) Cette sanctification des relations entre l’homme et la femme exige un apprentissage, et les écrits juifs traitent abondemment de la question. La liberté de ton du Talmud, les détails précis et intimes peuvent surprendre au premier abord. Pourtant depuis deux millénaires, les Sages parlent des relations intimes du couple avec une simplicité déconcertante et une ludité témoignant d’une compréhension profonde de la psychologie et de la physiologie de l’homme et de la femme.

Voici quelques conseils que l’on peut lire dans ces ouvrages (de préparation au mariage) : Pardonner sans cesse. Faire l’éloge de son conjoint(e). (…) Ne pas être paranoïaque car « personne ne connait les pensées d’autrui » 5. (…) Eviter de tomber dans la routine, inventer, oser perpétuellement. Etre d’accord de ne pas être d’accord.

Chez les Yéménites, selon une coutume ancestrale disparue de nos jours, une semaine avant le mariage, on nouait autour de la taille du fiancé une ceinture de soie que la fiancée dénouait la nuit de noce.

Pourquoi la mariée est-elle habillée de blanc ?

(…) On lit dans la Michna (Talmud ndr) : (…) Il n’y a jamais eu de plus beaux jours pour Israël que ceux du Tou Beav (15 du mois d’Av) et du jour de Kippour, où les jeunes filles de Jérusalem vêtues d’habits blancs… sortaient danser dans les vignobles (à la recherche de leur bien-aimé) » 6. (…) Dans la tradition juive, le blanc est symbole de pureté et d’élévation spirituelle. C’est vêtu d’habits blancs que le Cohen Gadol, le grand pontife, entrait le jour de Kippour (fête du grand pardon) dans le Saint des Saints, le Temple de Jérusalem.

Que symbolise la fête du henné ? 7

(…) Le terme hébraique du ‘hennéh est formé par l’acrostiche des trois commandements : la ‘hala (commandement qui consiste à retrancher un morceau de la pâte à pain avant de la cuire), (…) nida est le commandement de la pureté et première lettre de hadlakat nérot, est le commandement de l’allumage des bougies de shabbat. 8 (…) Le henné symbolise aussi (…) le charme. Hen, le charme en hébreu, est la première syllabe du mot henné. (…) Le henné est également synonyme d’abondance et de richesse, très certainement en raison de la nature prolifique de l’arbuste. Ses ramifications, très fournies en petites fleurs blanches engendrent sans cesse de nouvelles pousses.

Pourquoi jeûner le jour du mariage ?

(…) La plupart des décisionnaires askénazes l’exigent; quelques communautés sépharades le respectent. L’explication la plus courante (…) est l’analogie entre le jour du mariage et la journée de Kippour. Le jour du mariage est en quelque sorte le Kippour des mariés, le jour où toutes les fautes leur sont pardonnées. Comme le jeûne de Kippour, le jeûne du mariage est une expiation.

Pourquoi le talith (châle de prière) du fiancé peut-il servir de ‘houpa (dais nuptial) ?

À l’origine, le dais nuptial était une simple tenture tendue au-dessus des futurs époux ou parfois un talith. L’usage du châle de prière du fiancé tenu par quatre jeunes gens s’est répandu au cours des siècles; il a toujours cours dans certaines communautés sépharades et hassidiques.

Pourquoi les fiancés bénissent-ils leurs invités avant l’entrée sous la ‘houpa?

Parce que la cérémonie de la ‘houpa est un moment de sha’at ratson. Cette très belle expression hébraique décrit un espace de temps où les portes des Cieux s’ouvrent pour entendre les vœux et les prières (…).

Pourquoi dans (certaines) communautés orthodoxes, la fiancée tourne-t-elle autour de son fiancé ?

(…) Le Talmud écrit : « Un homme qui vit sans femme, vit sans protection » 9. En tournant autour du futur époux, la fiancée lui construit une protection, un rempart, l’enveloppe de sa présence, et érige les murs du nouveau foyer (…).

Hakhnassat kala ou faire entrer la fiancée sous la houpa; (…) Cette mitsva (commandement) est si importante que « l’on arrête l’étude de la Torah pour accompagner une kala (fiancée) à sa ‘houpa» écrivent les Sages 10.

Pourquoi la ketouba est-elle l’une des pierres angulaires du mariage juif ?

(…) Contrat du mariage juif, le texte de la ketouba est une énumération des devoirs de l’époux. Il inclut des garanties financières et des dispositions matrimoniales d’origine biblique et rabbinique, principalement les obligations de l’époux vis-à-vis de son épouse pendant la durée du mariage et au-delà, en cas de rupture par divorce ou veuvage (…) .

(…) En vertu de la loi biblique, le mari a trois devoirs envers son épouse. Ces trois devoirs sont cités  dans Exode 21 ;10. « (…)il ne devra point la frustrer de sa nourriture, de son habillement, ni du droit conjugal ».

Quel est le thème majeur des sept bénédictions (que l’on récite sous la ‘houpa) ?

Les sept bénédictions abordent de nombreux thèmes, mais la joie est le motif majeur. Ses multiples expressions y sont rappelées : l’allégresse, la liesse, l’exultation, la gaité, la quiétude, l’amour et la fraternité, la paix et l’amitié… (sasson, sim’ha, guila, rina, dits, ‘hedva, shalom, ré’out…) (…)

Pourquoi le marié brise-t-il un verre sous la houpa?

(…) Selon la tradition, le fiancé brise un verre sous la houpa pour commémorer le souvenir de la destruction du Temple de Jérusalem, cœur spirituel de la Nation. Ainsi bien qu’ils soient tout à leur joie, les mariés rappellent ostensiblement le deuil millénaire.

« Rav Nahman bar Isaac a dit : réjouir le hatan et la kala c’est comme reconstuire l’une des ruines de Jérusalem. » 11

Comment doit-on réjouir les mariés ?

(…) D’abord, dit le Talmud, il faut danser devant le ‘hatan (le marié) et la kala (la mariée) 12. Et il convient de les louer et de les gloirfier comme on le fait pour le roi et la reine. On doit aussi leur donner à manger et leur verser du vin; (…) frapper des mains en leur honneur (…) »

Pourquoi récite t-on les sept bénédictions à la fin du repas de fête ?

La fin de la cérémonie de la ‘houpa marque le début de la semaine de fête, égalament appelée semaine des shéva’ brakhot, du nom des sept bénédictions qui sont récitées pendant sept jours. Le premier de ces repas est le festin du mariage dont la fin est marquée, dans les communautés orthodoxes et traditionnalistes, par les sept bénédictions (…).

Les discussions dans les cieux au sujet du second mariage

Les kabbalistes racontent que parfois dans les cieux, les malakhim, les anges hésitent. Untel est destiné à une telle disent certains et d’autres, untel est destiné à une telle ;Le premier mariage et le second mariage seraient donc le fruit d’une discussion entre malakhim !

Doit-on reporter un mariage en raison d’un deuil ?

Beaucoup de familles reportent le mariage, mais du strict point de vue de la halakha (loi juive) un mariage peut avoir lieu (….).Par contre si le marié ou la mariée sont eux-mêmes en deuil, s’ils ont perdu un père, une mère, un frère ou une soeur, le mariage est interdit dans les sept premiers jours de deuil. Le report ou non du mariage, après la fin de la période du deuil juif d’un mois et d’un an, dépend de nombreux facteurs (…). Sur ces sujets très complexes un avis rabbinique est toujours nécessaire.

 

Notes:

  1. Les passages ci-dessous sont extraits des pages 66, 70, 99,114-115, 156, 118-119, 133-134, 164-165, 194, 209, 247, 251, 258, 311, 332, 352, 369, 395, 423, 436, 449.
  2. Genèse 1 ; 9-13.
  3. La semaine hébraique commence à l’issue du shabbat soit samedi soir, le dimanche est donc le premier jour et le mardi le 3ème (ndr).
  4. Rabbin orthodoxe (1925-1994), appelé aussi le rabbin chantant.
  5. Traité Pessahim 54 a du Talmud de Babylone (T.B.).
  6. Michna Ta’anit 4, 8 du T.B.
  7. De l’arabe ‘hinna.
  8. Le mot en hébreu de henné se termine par un h (et s’écrirait plus justement‘hennéh permettant ainsi l’acrostiche ‘h, n et h. Il s’agit ici des trois commandements habituellement accomplis par les femmes. Nida faisant référence aux règles à suivre durant les mentrues de la femme. 
  9. Traité Yebamot 62b du T.B.
  10. Traité Ketouvot 17a du T.B.
  11. Traité Berachot 6b du T.B.
  12. Traité Ketouvot 17a du T.B.