Être sépharade et Juif hassidique

ENTRETIEN AVEC LE RABBIN ISRAËL CREMISI PAR SONIA SARAH LIPSYC

Israël Cremisi

Israël
Cremisi

Dr Sonia Sarah Lipsyc

Sonia Sarah Lipsyc

Israël Cremisi est le rabbin de la Congrégation Tzoar, rue Wilderton, à Montréal. Cette Congrégation hassidiques rassemble des personnes de toutes origines,  sépharades et ashkénazes qui appartiennent à divers groupes hassidiques tels que  Loubavitch, Satmar, et Breslev. La pensée hassidique Breslev y est étudiée ainsi que d’autres maîtres du mouvement hassidique. Le rabbin Cremisi a bien voulu prendre le temps de répondre à nos questions. Dr Sonia Sarah Lipsyc est rédactrice en chef du LVS et directrice de Aleph – Centre d’études juives contemporaines.

De quelle origine êtes-vous ? Et quand êtes-vous arrivé à Montréal ?

Mon père est né en Tunisie d’origine italienne, ma mère à Tunis et moi je suis né à Nice, en France. Je suis venu à Montréal en 1994.

Venez-vous d’une famille sépharade orthodoxe, traditionaliste ou autre ?

Mes parents ont étudié à Aix-les-Bains en France, mon père à la yeshiva (école talmudique) et ma mère au séminaire. Ils se sont mariés dans cette ville et ont fondé un foyer juif ultra-orthodoxe, mais leurs parents étaient plutôt traditionalistes.

Rabbin Cremisi portant un sefer Torah (rouleaux de la Torah)

À quel courant du hassidisme appartenez-vous et comment l’avez-vous rencontré dans votre vie ?

Mon père a découvert les mouvements hassidiques en faisant ses études à la yeshiva où il a rencontré dans les années 1960 de très  grands maîtres hassidiques comme le rabbin Tzikel d’Anvers (Belgique), son gendre le rabbin Yankel, rabbin du groupe hassidique Satmar  ainsi que  son maître qui venait de Hongrie, le rabbin Eliaou Eliouvitz qui l’a introduit aux mouvements hassidiques. Par la suite, mon père a étudié à la yeshiva de Brunoy,  à côté de Paris, où il a  étudié avec le rabbin Nissan Nemirov qui appartenait au mouvement Loubavitch.

Vers les années 1975, mon père a découvert les enseignements de rabbi Nachman de Breslev (1772-1810) qui était pratiquement inconnu du public français à cette époque. J’ai donc grandi au sein du mouvement Breslev depuis que je suis petit en gardant les rites sépharades.

Que vous a apporté cette identification avec le hassidisme par rapport à votre tradition sépharade ?

Le hassidisme tel que nous le pratiquons ne s’exprime pas dans les rites de prières ni dans notre façon de suivre la halakha (loi juive) et les coutumes, mais plutôt dans la façon de penser et dans la manière d’accomplir avec ferveur nos mitzvoth (commandements). Ainsi, la hassidout (pensée hassidique), dans ses réponses à des questions philosophiques ou des questions profondes sur la Torah, nous apporte un plus dans la joie, la prière, la beauté des commandements, et le rapport entre nous et D’.

Maintenez-vous des coutumes sépharades ? Si oui, lesquelles ?

Chez nous les coutumes sont davantage des lois que juste des coutumes. Et nous les appliquons d’après la manière sépharade par exemple pour le seder (premier soir) de la fête de Pessah (Pâques)… Nous suivons aussi la tradition sépharade des plats culinaires, etc.

Selon quel rite (noussah) priez-vous ?

Je fais la prière selon le rite sépharade et respecte toutes les lois d’après les orientations sépharades du  rabbin Yossef Karo (1488-1575), auteur du recueil des lois, le Shoulkhan Arouch, référentiel pour le judaïsme orthodoxe, ndr), en me référant, bien sûr, aussi à des décisionnaires plus contemporains.

Que répondez-vous à celles ou ceux qui penseraient qu’il n’est pas compatible d’être sépharade et hassidique à moins de renier l’un de ses aspects ?

Je crois que c’est de l’ignorance, car nos sage sépharades ont toujours étudié  la hassidout  et apprécié leurs enseignements et l’élévation de l’âme que cela leur a apportés. Du Maroc et de l’Irak en passant par la Turquie, nos sages connaissaient les enseignements hassidiques.

Comment poursuivez-vous votre héritage sépharade ?

Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises quand on me demande comment voyez-vous le séfaradisme au 21e siècle, je réponds tant  qu’il y aura des élèves se consacrant à l’étude de la Torah qui étudieront les lois sépharades, alors il restera un judaïsme sépharade fort. Mon héritage, je le vis au travers des dizaines d’heures de cours basées sur le Shoulkhan Arouch, le comment du pourquoi de chaque loi. À mes enfants, je dis toujours d’apprendre de nos maîtres sépharades leur Torah ainsi que leurs midot (qualités) comme l’humilité et leur ferveur à l’égard de D’.