L’ONU OU LE MENSONGE ÉRIGÉ EN FORME DE COMMUNICATION

David Bensoussan

David Bensoussan

David Bensoussan est ingénieur, écrivain et blogueur sur huffingtonpost et Times of Israël, en version française. Ancien Président de la CSUQ, il est notamment récipendiaire du prix Haim Zafrani (2012). Nous avons recueilli ses propos.

 

L'ONU

L’ONU

En date du 15 avril 2016, l’UNESCO a voté une résolution se référant à l’esplanade du Temple comme un lieu saint musulman et un lieu culturel mondial, omettant de préciser qu’il est un lieu saint juif.

Comment interprétez-vous le vote de l’UNESCO ignorant le passé juif de Jérusalem ?

Ce vote s’inscrit dans une politique visant à délégitimiser Israël dans les institutions internationales, à commencer par l’ONU. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, plus de 55 000 personnes dont près de 12 000 civils et de 2 500 enfants ont perdu la vie en 2015 au cours de la guerre civile. Ce nombre n’inclut pas les disparus dans les prisons du régime syrien. Qu’a fait l’ONU ? L’ONU n’a voté aucune résolution sur la Syrie. Par contre, l’ONU a voté 22 résolutions anti-israéliennes. Le ridicule ne tuant plus, une de ces résolutions porte sur le statut de la femme et nul n’est besoin de faire un dessin pour tracer la condition des femmes dans les pays accusateurs…

Et cette discrimination se répercute dans d’autres institutions ?

Même la Commission des droits de l’homme de l’ONU, dont l’Arabie a été élue à majorité à la tête de son comité consultatif, a condamné Israël plus que tous les pays réunis. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a adopté sa seule résolution portant spécifiquement sur un pays en condamnant Israël et en exigeant l’apport d’une « assistance technique sanitaire » à la population du Golan – qui bénéficie pleinement des services de santé israéliens – tout en gardant le silence sur le massacre de la population syrienne et le bombardement d’hôpitaux en Syrie. Force nous est de reconnaître que le bloc de votes monolithiques des 54 pays musulmans et l’influence de ces pays sur le reste des 193 pays membres des Nations Unies sont un gaspillage de ressources et d’énergies qui ne font guère avancer l’agenda international.

Quelle est la position du Canada ?

Les Canadiens chérissent les Nations Unies pour son travail de conciliation dans plusieurs conflits, mais surtout pour le travail de médiation réussi des Casques bleus. Avec la collaboration de Lester B. Pearson (1897-1972), ministre des Affaires extérieures du Canada et prix Nobel de la paix, le président de l’ONU Dag Hammarskjöld a contribué à l’établissement de la force de maintien de la paix après la crise de Suez en 1956. C’est ainsi que les Casques bleus sont intervenus en Égypte, à Chypre, au Liban et au Kosovo, entre autres pays. Leur travail est admirable compte tenu des situations délicates où ils évoluent.

L’ONU est une arène internationale : les résolutions décisionnelles des Nations Unies appartiennent au Conseil de sécurité dans lequel les grandes puissances ont droit de veto. En effet, sitôt les grandes puissances concernées, l’ONU est pour la plupart du temps ignoré, tout comme cela a été le cas en Irak pour les Américains ou pour l’Ossétie du Sud pour les Russes.

Certaines médiations onusiennes ont porté fruit, d’autres pas : elles représentent environ 23 % des tentatives de médiation entre États, les autres médiations étant l’apanage de pays, d’organisations régionales ou d’ONG. Ainsi, la paix israélo-égyptienne (1978), les accords d’Oslo (1993), les accords de Dayton sur la Bosnie-Herzégovine (1995), ceux portant sur le Kosovo (1998-99) et les accords de Sun City sur la République démocratique du Congo (2002) ont été conclus en dehors de l’ONU.
Il n’est point question de remettre en cause l’ensemble du travail des Nations Unies. Mais force est de constater qu’à l’Assemblée générale des Nations Unies, le mensonge a revêtu la forme d’un moyen de communication tant les discours haineux, les accusations mensongères et les résolutions anti-israéliennes unilatérales y sont monnaie courante. Hurler avec les loups est devenu le langage officiel de bien des ambassadeurs qui, bien qu’ils émettent de la sympathie pour Israël en privé, travestissent leur message en dénigrement dans les tribunes internationales.

L’agenda de l’ONU est donc détourné…

Assurément. Pendant ce temps-là, les conflits et les massacres perpétrés par les pays accusateurs sont tout simplement ignorés, car ils se sont octroyé un passe-droit qui se soustrait au bon sens. La question du génocide au Darfour ne fut pas portée à l’Assemblée générale, car le Soudan est un pays arabe. La proposition d’enquête sur les crimes de guerre de l’Arabie saoudite au Yémen ou près de 2 500 civils ont péri lors des bombardements saoudiens a été retirée en février 2016 lorsque l’Arabie a menacé de retirer son appui financier aux Nations Unies 1. Comment expliquer ces votes majoritaires ? Certains pays dépendent des promesses que leur font miroiter des pays associés à des puissances pétrolières; d’autres ne comptent guère s’opposer à ces dernières, car elles veulent s’assurer de leur appui politique.

Revenons à cette résolution de l’UNESCO…

Le 21 octobre 2015, on fait voter à l’UNESCO des résolutions voulant faire des lieux saints juifs des lieux saints musulmans tout comme la tombe de Rachel à Bethléem ou le caveau des Patriarches à Hébron. Le Waqf islamique qui est en charge du mont du Temple a détruit au bulldozer des tonnes de preuves archéologiques afin de construire une mosquée souterraine et effacer ainsi les traces du Temple de Jérusalem. Où était alors l’UNESCO ? Depuis 1967, la population juive de Jérusalem a été multipliée par 2,5 et la population musulmane a été multipliée par 5. Alors que selon l’ONU la ville jouit juridiquement d’un statut international, seules les constructions israéliennes sont critiquées. Utiliser les blocs de vote automatiques à l’ONU pour médire d’Israël ou à l’UNESCO pour dénigrer le lien des Juifs aux lieux saints ne fait que contribuer à la déchéance de ces institutions. Dans le cas particulier de la dernière résolution de l’UNESCO sur Jérusalem voulant ajouter une autre condamnation d’Israël, la France qui avait voté en faveur de la résolution a bafouillé par la suite tout un éventail d’excuses… Il est déplorable que certains puissances se joignent parfois à la fantasia des votes anti-israéliens par complaisance intéressée, quitte à écorner leur dignité.

Où va-t-on ainsi selon vous ?

La singularisation d’Israël et les efforts obsessifs visant à le délégitimer à propos de tout et de rien ne font que banaliser les notions de génocide et de droits de l’homme. Par le passé, le bloc prosoviétique puis aujourd’hui le bloc arabo-musulman ont dénaturé l’honnêteté des institutions internationales. La contribution négative de ces blocs ne fait que repousser les perspectives de paix. L’Égypte qui a signé un traité de paix avec Israël a continué à salir Israël dans ses médias quasi officiels et dans les institutions internationales, et il est dommage que des dispositions contre de tels agissements n’aient pas été prises en considération lors des accords de paix de Camp David. L’ONU et bien d’autres institutions sont silencieuses devant l’enseignement de la haine au sein des institutions palestiniennes, mais demandent d’Israël des concessions territoriales critiques sans exiger la responsabilisation de la partie adverse. Quand cela touche Israël, l’ONU devient telle une scène de combats d’arènes romaines de l’Antiquité, dans laquelle les spectateurs onusiens vocifèrent des appels à la condamnation. La conclusion est qu’Israël ne doit avoir de compte à rendre qu’à lui-même. Tout comme le précise l’adage biblique (Nombres 23-9) : « C’est un peuple qui vivra seul et hors mesure par rapport aux nations. »

La première mouture de cet article est parue
sur le blogue de l’auteur sur quebec.huffingtonpost.ca

Notes:

  1. Une longue liste de sévices pourrait être compilée : la religion chrétienne est interdite en Arabie où le blogueur Raif Badawi a été condamné à 10 ans de prison et 1 000 coups de fouet, le travail forcé d’enfants au Congo, les abus contre les travailleurs étrangers au Qatar, l’emprisonnement d’opposants au Venezuela et les injustices de la Chine contre les Tibétains ne sont que des échantillons des persécutions prévalant dans le monde. Deux tiers des pays représentés à l’ONU ne sont pas démocratiques.