CES JUIFS QUI QUITTENT LA FRANCE ET VONT EN ISRAËL :

réflexion sur la dure rencontre entre le rêve et la réalité

Dov Maimon

Dov Maimon

Directeur de recherche au Jewish People Policy Institute (Jérusalem), un important think tank qui réfléchit à l’avenir du judaïsme mondial, Dov Maimon est notamment l’auteur d’une étude portant sur « le judaïsme européen en 2030 », où s’esquissent divers scénarios possibles pour le devenir communautaire. Ingénieur formé au Technion (Haïfa), diplômé de l’Insead (Fontainebleau) en management, professeur aux Universités de Ben Gourion (Beer-Shéva) et du Mont Scopus (Jérusalem), Dov Maimon travaille sur les rapports entre histoire, religions et politique.
Membre du prestigieux comité directeur gouvernemental responsable de l’intégration des ultra-orthodoxes dans les programmes de formation universitaire, il est aussi le concepteur de plusieurs projets d’importance nationale dont le plan « La France d’abord » mis en place pour faciliter l’aliyah française.

 

La tentation du départ

Alors que le judaïsme français avait vécu une renaissance singulière pendant le demi-siècle qui avait suivi la Shoah, depuis le début des années 2000, et d’une manière plus flagrante encore depuis trois ans, la question de l’avenir des Juifs de France s’est imposée progressivement comme un débat majeur qui hante tant les dîners en ville que les tribunes des médias nationaux. Certes, à en croire les études publiées par les instituts de sondages IFOP et IPSOS, le nombre de Juifs français qui considèrent un départ pour Israël se chiffre en centaines de milliers et le nombre de ceux qui envisagent très sérieusement de faire ce choix se chiffre à plus de 70 000 personnes 1. Mais quand il en vient de transformer cette velléité en action concrète, le principe de réalité reprend du poil de la bête et, parmi le demi-million de Juifs qui habitent l’Hexagone, seuls quelques milliers font le pas et vont s’installer en Israël chaque année. Reste que l’histoire du judaïsme d’Afrique du Nord comme celle du judaïsme russophone nous apprend que quand une communauté commence à être habitée par ce type de questionnement sur le départ c’est que la machine est lancée et que le train est déjà sorti de la gare.

Une fois la question de rester ou partir réglée, la question en suspens est celle de la destination de ce nouvel exode : les Juifs les plus favorisés, pour leur part, voient dans l’Amérique du Nord, et dans la toute proche ville de Londres, des lieux propices à leur délocalisation. Pour les Juifs sépharades les plus proches de la vie communautaire, la destination qui s’impose comme la plus raisonnable et la plus abordable reste et demeure Israël. Cet intérêt grandissant pour Israël se traduit d’ailleurs par des résultats concrets : les immigrants français arrivés en Israël étaient 1 919 en 2012, 3 297 en 2013, 7 238 en 2014 et 7 835 en 2015 2. Depuis le début de l’année 2016 par contre, le rythme de l’aliyah (immigration) 3 française patine et accuse une baisse de 30 %. Phénomène jamais vu pour cette population particulièrement sioniste : certains prétendent que plusieurs dizaines de familles de nouveaux immigrants sont retournées en France cet été.

Pour les sociologues et les observateurs attentifs qui s’interrogent sur ces fluctuations radicales, il est clair que ce triplement du chiffre d’immigrants suivi par un ralentissement brusque alors que la situation en France n’a subi ni dégradation majeure ni amélioration décisive relève d’un phénomène psychologique collectif au sein de la communauté juive qui demande à être élucidé. Ce comportement en dent de scie reflète un déchirement interne et se présente comme le symptôme d’un mélange
de tendances contraires qui cohabitent. Certains expliquent cette baisse numérique comme le résultat d’une attente déçue.

« La France d’abord. Alors qu’à Paris, la communauté juive terrorisée par l’attentat (de l’Hyper Cacher), a conscience que son avenir n’est plus en France, pourquoi le gouvernement israélien tarde-t-il à mettre en place le plan pour l’alyha (l’immigration) française ? » Extrait du supplément du journal Makor Rishon, du 16.01.2015

Cette réticence au passage à l’acte révèle le contrecoup d’une idéalisation et d’une romantisation du rêve israélien qui a eu la mauvaise idée de rencontrer la réalité dure et cruelle de l’Israël réel.

Émigration ou retour à la maison ?

À la différence d’un Français qui s’expatrie aux États-Unis, le Juif sépharade français qui prend un billet aller simple pour Israël ne voit pas ce changement de domicile comme une décision rationnelle, mais projette dans ce mouvement de retour à la terre ancestrale, des aspirations et des attentes héritées d’un mélange très particulier de son double héritage : identité sépharade d’une part et identité française d’autre part. Quoi qu’il en soit, cette relation entre les Juifs de France et Israël et la décision de déplacer géographiquement son lieu d’habitat de France à Israël ne se limite pas à une équation économique mais touche au domaine du passionnel et de l’existentiel.

En effet, cet intérêt passionné pour Israël – sentiment bien plus répandu en France que nulle part ailleurs en diaspora – relève d’une forte portée symbolique. L’émigration vers Israël résonne pour le Juif français de tradition sépharade, nourri d’un sentiment de communauté de destin foncièrement juif et d’une notion de dévouement à la patrie acquise paradoxalement sur les bancs de l’école de la République (pour illustration, mentionnons la dernière et fameuse phrase du chant des partisans : « un Français doit vivre pour Elle, pour Elle un Français doit mourir ») – comme la fin d’un parcours et un grand retour à la maison après deux mille ans d’errance. Sauf que cette maison n’est pas exactement celle qui ressemble à son imaginaire et que, si ceux qui y habitent déjà ont chacun leur chambre et y vivent assez  confortablement, le nouveau venu a du mal à s’y sentir chez lui. Malgré le sentiment très fort d’identification et la joie de se retrouver enfin chez lui, le Juif sépharade qui vient s’installer en Israël est traversé par un sentiment d’étrangeté et d’aliénation.

La réflexion que je souhaite partager avec les lecteurs de LVS, pour lesquels le sujet de l’émigration est loin d’être étranger, touche à la relation privilégiée – fruit d’une rencontre fortuite entre deux identités totalisantes (respectivement l’identité juive sépharade et l’identité française) et a priori mutuellement exclusives – qu’entretiennent les Juifs français d’aujourd’hui avec Israël. Quand le Juif sépharade français arrive en Israël, il se retrouve pris dans un carambolage d’identités qui lui font perdre ses repères culturels parfois eux-mêmes déjà précaires. D’un côté, quand il arrive en Israël, les gens dans la rue ressemblent à tonton et tata et cela est une source de réconfort; les fêtes juives sont célébrées dans la rue et il n’a jamais besoin de cacher sa judaïté. Mais d’un autre côté, les retrouvailles ne sont pas vraiment au rendez-vous : la langue parlée et les façons de s’exprimer lui sont étrangères, la culture et les codes culturels ne sont pas les siens, et chacune de ses rencontres avec l’institution (banque, dispensaire, école, bureau des impôts, etc.) lui est difficile, voire traumatique. Si cette difficulté d’adaptation à un nouveau pays n’est pas spécifique à Israël, un des facteurs qui rend l’immigration en Israël particulièrement difficile est lié au fait que le Juif français sépharade, plein de bonnes intentions, qui prend la décision de « faire son aliyah », se pense souvent comme quelqu’un qui rentre à la maison de ses parents. Comme dans d’autres situations de retrouvailles, le fait de développer des attentes s’avère parfois contreproductif.

Le souvenir de l’exode oublié

Une des particularités de l’immigration française en Israël est liée à ce qu’on pourrait appeler le choc culturel en série. Si la jeune génération des Juifs de France a entendu le récit de l’arrivée difficile en métropole par leurs parents et leurs grands-parents, pour les personnes les plus âgées, ce second départ réveille des souvenirs anciens souvent refoulés mais jamais vraiment oubliés. En effet, les nouveaux immigrants de France les plus âgés arrivent en Israël après avoir vécu une première expérience migratoire dans leur jeunesse. Ils se souviennent du souvenir traumatique de l’expérience d’arriver dans un pays où ils ne comprenaient pas les codes culturels et où ils se retrouvèrent d’un coup dépossédés de leurs compétences d’orientation. À l’occasion de cette seconde migration, le traumatisme de la première migration qui avait été plus ou moins refoulé refait surface et parfois se met à exploser sans crier gare. Déjà Nabuchodonosor, roi de Babylone vers 1135 avant notre ère, avait utilisé ce stratagème de déplacer par deux fois les populations qu’il conquérait. La série des deux exils successifs était sa méthode à lui pour minimiser tant que faire se peut les risques de rébellion et de subversion.

En fait, la pensée de devoir refaire ses bagages et revivre l’expérience traumatique de l’immigration est en soi une forme de traumatisme. Pour les Juifs d’Algérie et de Tunisie qui avaient quitté leur pays d’origine dans des conditions difficiles et avaient lutté pour se faire enfin une place au soleil au pays de Voltaire, Baudelaire et Zola, cette idée de devoir de nouveau recommencer ailleurs leur vie prend parfois des allures lancinantes. L’arrivée en France avait été perçue, ressentie et imaginée comme une arrivée au port, la fin d’un cauchemar et le début d’un enracinement dans le pays des libertés et de la réussite sociale. L’idée de partir à nouveau et cette fois pour Israël résonne à la fois plein de promesses (« bienvenue le désenchantement ») et de crainte.

Les changements qu’on va voir émerger dans les dix dernières années ne peuvent être compris sans tenir compte du lien fort – les antisémites décrivent ce lien comme « viscéral » avec des connotations quasi tribales – qu’entretiennent les Juifs de France avec Israël. La plupart des Juifs français ont un parent de première proximité en Israël, 75 % d’entre eux visitent ce pays régulièrement et l’alyah française est largement supérieure à celle des autres pays occidentaux. De 1948 à 2015, quelque 110 000 Juifs de France ont émigré en Israël, c’est-à-dire plus de 20 % de la population juive. Si on ajoute à ce chiffre leurs enfants et descendants, cet ensemble de personnes qui ont un lien très fort avec la France et la francité et se chiffre à plus de 200 000 âmes, ce qui veut dire qu’il se pourrait que le centre de gravité de la vie juive française, et en particulier les forces vives de cette communauté, se trouve déjà en Israël. Pour comprendre la centralité d’Israël dans la vie juive communautaire, il faut ajouter à ce chiffre les dizaines de milliers de Juifs français qui, sans officialiser leur statut, séjournent plusieurs mois par an en Israël et forment ce que les démographes nomment une communauté transnationale.

Une des manières possibles de comprendre le regain de l’aliyah chez les Juifs de France est de le comparer à un regroupement familial. Les cellules familiales s’étaient scindées en quittant l’Afrique du Nord entre Israël, la France et dans une moindre mesure le Canada. La masse critique du groupe qui n’avait pas abandonné son héritage s’étant finalement retrouvée en Israël, les parties isolées de ce groupe sont en train de renouer avec le coeur de cette judaïté sépharade qui a trouvé en Israël un lieu d’ancrage propice à son épanouissement. Après soixante ans de demi-sommeil et de nivellement de sa spécificité culturelle, le judaïsme sépharade commence à retrouver de jour en jour ses lettres de noblesse en Israël – à partir de 2017, les poètes juifs nord-africains vont être mis au programme du baccalauréat israélien – et c’est plus que naturel que les Juifs de France les plus engagés souhaitent s’associer à ce phénomène bienheureux.

Renversement des paradigmes

Dans les années soixante, quand les Juifs débarquèrent d’Afrique du Nord en France, Israël apparaissait à leurs yeux comme un pays sous-développé, rongé par un tropisme anti-sépharade et un atavisme bureaucratique qui rappelait celui des pays qu’ils avaient quittés. La France était perçue au contraire comme un pays d’avenir, égalitaire et dénué de clivage ethnique. Les témoignages des centaines de milliers de familles qui s’étaient jointes, confiantes, à l’aventure sioniste et avaient vécu l’expérience de l’exclusion et de l’austérité suffisaient pour dissuader les sursauts d’idéalisme. En conséquence, celui – et celle – qui décidait jusqu’à très récemment de faire son aliyah était considéré, au pire comme un idiot utile de la propagande sioniste, et au mieux comme une personne à moitié irrationnelle qui échangeait le confort parisien pour une plus grande cohérence identitaire. On savait bien entendu les préjugés anti-israéliens des médias français et on regrettait la politique arabe de la France mais cette blessure narcissique était largement compensée par le confort, les opportunités de carrière, la richesse culturelle et la vie facile.

Pendant cinq décennies, la France avait été un véritable paradis pour les Juifs d’Afrique du Nord désargentés – allocations familiales généreuses, logements sociaux, aide à la promotion sociale, études gratuites, état de droit, bureaucratie transparente et efficace, méritocratie instituée comme principe – tout cela était pour le Juif sépharade échappé de centaines d’années en terre d’Islam une aubaine et un environnement idéal pour commencer une vie de réussite sociale et d’enracinement pérenne. L’arrivée des juifs d’Afrique du Nord, avait entraîné non seulement un changement démographique notable, mais avait aussi revitalisé l’existence communautaire et le rapport à Israël. Le sommet de la créativité juive va être atteint dans les années 1970. Des auteurs tels que Levinas, Celan, Jankélévitch, Arendt et bien d’autres, se retrouvèrent au coeur des débats intellectuels les plus féconds. Les cercles d’études, d’inspiration universitaire ou non, rivés à l’étude du Talmud dans le texte se multiplièrent; la littérature kabbalistique commença à être abondamment traduite, publiée, lue, commentée — au point de constituer, parfois, une sorte de phénomène de mode hérité du « New Age » américain. Ce regain d’intérêt pour la chose juive dans la société française non juive va favoriser dans les années 1980 une forme de revivalisme chez les jeunes Juifs dont les parents avaient mis en veilleuse leurs aspirations juives pour se construire professionnellement et qui maintenant cherchaient à renouer avec leur passé et leurs racines identitaires.

Après cette période bienheureuse, période où s’affirmer Juif était s’assurer l’admiration des médias et la sympathie de la faune intellectuelle parisienne, le retour à l’attitude traditionnelle française toujours mitigée envers les Juifs fut plus difficile. Le déclenchement de la seconde Intifada, suivie de près par les attentats du 11 septembre 2001, constitua indéniablement une phase nouvelle; les sentiments mitigés du Quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères ndr) à l’égard d’Israël contribuaient, par ricochet, à fragiliser la position de la communauté juive française. Face au déferlement anti-israélien de la presse nationale d’une part, et aux centaines d’agression que subissaient les jeunes Juifs dans les écoles d’autre part, la communauté ressentit une immense solitude.

Le refus du gouvernement français et des médias pendant de longues années de définir la violence quasi quotidienne des « jeunes de banlieue » envers leurs voisins juifs comme de l‘antisémitisme a rappelé aux Juifs d’Algérie la logique interne des intérêts de la France qui les avait abandonnés à la vindicte populaire arabe en 1962 et démis de leurs droits en 1940. Ce sentiment de grande solitude va provoquer un retour du refoulé qui va commencer à mûrir dans les esprits et faire mettre en doute la nature inconditionnelle de l’engagement de la France pour la protection de ses citoyens juifs. Entre la France et la communauté juive militante, la rupture fut consommée, on observera par la suite des hauts et des bas en fonction des discours flatteurs des hommes politiques et de leurs actions d’éclat pour protéger la communauté et combattre l’antisémitisme, mais en profondeur quelque chose de fondamental s’était brisé. La relation passionnelle qu’avaient nourrie les Juifs d’Afrique du Nord avec la France pendant un siècle n’était désormais plus ce qu’elle était. La France avait perdu son aura et le reste n’est que littérature.

Perspectives d’avenir

Au niveau économique, sans vraiment qu’on comprenne vraiment quand cela s’est passé, les choses ont également basculé. La France n’est plus le pays de cocagne où la vie est aisée, le judaïsme facile à assumer et l’avenir garanti. L’horizon est bouché, le déclinisme est devenu religion d’État, et les transformations démographiques, culturelles, religieuses donnent à la France un paysage humain qui n’est plus celui qui avait motivé l’arrivée massive des Juifs dans ce pays. Les choses n’allant jamais seules, cette détérioration générale se double d’un affaiblissement de la gouvernance politique et d’un regain des populismes de droite et de gauche, lesquels résonnent comme un goût de déjà-vu. Certains analystes financiers disent que d’ici cinq ans il sera plus facile de vivre en Israël qu’en France. La transformation de l’Europe en continent touristique ne va se faire d’un coup, les choses vont prendre du temps et le départ des Juifs va se faire par étape. Si les plus brillants et les plus diplômés vont partir aux É.-U., les plus intégrés socialement et culturellement vont diminuer leur profil juif et éventuellement « marraniser » 4. Pour le peuple juif, ils seront comme les centaines de milliers d’Espagnols et de Portugais d’origine ethnique partiellement juive qui n’ont avec le peuple juif qu’un vague lien de parenté. L’aliyah étant tellement difficile pour ceux qui n’ont pas un métier « exportable » et la force de recommencer à zéro et la France, certes en phase de détérioration, restant encore un territoire connu, il est plus que probable que les choses vont prendre plusieurs dizaines d’années, mais dans une perspective d’un peuple qui a plus de 3000 ans, 30 ans c’est déjà demain et on peut déjà dire que le scénario de l’avenir des Juifs de France et d’Europe est déjà inscrit sur le mur.

Dov Maimon

 

Notes:

  1. Résultats publiés en Janvier 2016. Selon IFOP, 43 % (215 000) des Juifs de France envisagent de partir en Israël et 13 % (65 000) considèrent cette option très sérieusement. Selon l’institut IPSOS, 35 % (175 000) envisagent de quitter la France pour Israël et 18 % (90 000) envisagent cette option sérieusement.
    Le nombre de Juifs qui envisagent l’expatriation mais pas forcément pour Israël est encore plus important IFOP : http://www.ifop.fr/media/pressdocument/883-1-document_file.pdf. IPSOS: http://www.fondationjudaisme.org/wp-content/uploads/PRESENTATION-GLOBALE-ENQUETE.pdf.
    En 2012, dans le cadre de l’étude menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union Européenne, 49 % des Juifs de France avaient exprimé leur désir de quitter la France parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité en tant que Juifs dans leur pays de résidence.
    Voir : http://fra.europa.eu/en/publications-and-resources/data-and-maps/survey-data-explorer-discrimination-and-hate-crime-against
  2. Résultats publiés en Janvier 2016. Selon IFOP, 43 % (215 000) des Juifs de France envisagent de partir en Israël et 13 % (65 000) considèrent cette option très sérieusement. Selon l’institut IPSOS, 35 % (175 000) envisagent de quitter la France pour Israël et 18 % (90 000) envisagent cette option sérieusement.
    Le nombre de Juifs qui envisagent l’expatriation mais pas forcément pour Israël est encore plus important IFOP : http://www.ifop.fr/media/pressdocument/883-1-document_file.pdf. IPSOS: http://www.fondationjudaisme.org/wp-content/uploads/PRESENTATION-GLOBALE-ENQUETE.pdf.
    En 2012, dans le cadre de l’étude menée par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union Européenne, 49 % des Juifs de France avaient exprimé leur désir de quitter la France parce qu’ils ne se sentaient plus en sécurité en tant que Juifs dans leur pays de résidence.
    Voir : http://fra.europa.eu/en/publications-and-resources/data-and-maps/survey-data-explorer-discrimination-and-hate-crime-against
  3. Aliyah, littéralement « montée ». C’est ainsi qu’on désigne en hébreu l’immigration des Juifs en Israël (les nouveaux immigrants sont appelés les olim, ceux qui « montent » en terre sainte). Prenant ancrage dans la formulation biblique traditionnelle, cette formulation place d’emblée la vie sur la terre d’Israël comme un idéal et celui qui « retourne à Sion » comme une personne qui s’inscrit dans cet idéal d’élévation spirituelle.
  4. Le marranisme est un terme qui fut utilisé sous l’inquisition en référence aux Juifs de la péninsule Ibérique (Portugal, Espagne) convertis au catholicisme et qui continuaient à pratiquer le judaïsme en secret. Franz Kafka, pour sa part, désignait par le terme d’« amnésie volontaire », cette stratégie de dissimulation identitaire courante chez Juifs allemands au début du 20ième siècle dans leur aspiration à la mobilité sociale.