Mot du président : Sept 2015

Une civilisation est le mode le plus élevé de regroupement et le niveau le plus haut d’identité culturelle dont les humains ont besoin pour se distinguer des autres espèces. Elle se définit à la fois par des éléments objectifs, comme la langue, l’histoire, la religion, les coutumes, les institutions, et par des éléments subjectifs d’auto identification. – Samuel Huntington

Samuel Huntington termine en faisant mention de l’institution qui elle, est mon point de départ, car celle-ci doit être forte pour assurer et assumer son rôle de garant et de promoteur de l’identité sépharade. C’est pour cette raison que dès le début de mon mandat, je me suis attelé à assainir la situation financière en adoptant une série de mesures très douloureuses certes, mais qui nous ont permis de mieux planifier et structurer nos initiatives. Cette action a été jumelée à un examen en profondeur de chaque programme, de chaque poste budgétaire et de chaque ressource.

J’ai le privilège de vous confirmer que l’équipe de la CSUQ a réussi le tour de force d’atteindre ses objectifs financiers tout en assurant une programmation qui, non seulement a été maintenue mais a été élargie et ce, avec des performances de succès qui ont dépassé nos prévisions les plus optimistes.

La Communauté est le bassin dans lequel l’identité s’épanouit. À cet effet, nous nous sommes attelés à poursuivre notre collaboration avec l’Agence Ometz et à renforcer nos liens avec le Centre Cummings. Je me dois de mentionner l’appui sincère de sa Présidente, qui a très bien compris les besoins des aînés sépharades en leur offrant de services de soutien les plus adaptés.

Dans ces deux agences, nous avons fait des progrès considérables tant auprès d’une clientèle vieillissante administrée par le Centre Cummings, qu’aux plus vulnérables dirigé par l’Agence Ometz.

Le Festival Sefarad de Montréal, qui est la vitrine de notre expression culturelle et identitaire, a eu deux années record tant du point de vue financier que du nombre impressionnant de participants. Nous nous sommes concentrés sur un éventail bien équilibré d’événements allant du culturel, au musical en passant par la comédie. Nous avons eu le privilège d’avoir le père du Ministre Steven Blaney, ministre de la Sécurité publique du Canada qui s’est produit sur scène avec son accordéon à l’événement de la chanson française. Nous avons introduit des nouveautés avec l’ouverture de notre culture à la communauté québécoise.
Toujours dans le domaine culturel et historique, nous avons mis sur pied un projet conjoint avec le Musée des Beaux-Arts de Montréal dans le cadre de l’exposition sur l’orientalisme et notamment des peintures représentant la vie juive au Maroc. Cette exposition a attiré plusieurs milliers de visiteurs qui, à travers les différents aspects du programme, ont appris à connaître la communauté sépharade.

Notre identité se définit aussi par notre attachement à Israël. Le Festival du Cinéma Israélien a pris de l’expansion avec des films sous-titrés en français et en anglais. Les films israéliens sont la meilleure façon de présenter la société israélienne et démontrent clairement les valeurs communes avec la société québécoise que nous nous sommes attelés d’attirer. Cela restera notre prochain objectif. Ce festival a connu la plus grande participation de son histoire. Des félicitations vont à l’endroit de l’équipe de bénévoles dirigée par ma grande amie Dolly Mergui qui, année après année, continue de se surpasser.

Avec une structure financière adaptée, nous avons pu faire face à certains événements non prévus et qui ont été organisés avec la même approche. Nous avons pu ainsi organiser très rapidement le « screening » du film produit par Dan Almagor sur la guerre de Kippour telle que vécue par une poignée de soldats israéliens faisant face à de milliers de soldats syriens. Dan est venu à Montréal accompagné de son épouse Taly pour apporter une touche personnelle sur ces événements qu’il a lui-même vécus.

Notre identité se transmet aussi par le magazine de la Voix Sépharade. Sous le leadership de Joseph Amzallag qui fait un travail exceptionnel et grâce à la créativité artistique et talentueuse de Danielle Glanz et de son équipe, nous avons produit une revue de très haut niveau qui a atteint ses objectifs. Nous avons démarré un projet pilote avec le CJN à travers lequel notre magazine est distribué comme une insertion à plus de 17 000 foyers juifs de Montréal. L’analyse des résultats nous indiquera les prochaines étapes à suivre.

Notre identité s’exprime aussi à travers des réflexions philosophiques et intellectuelles que le programme Aleph réussit avec brio. Je me dois de souligner le travail exceptionnel du Dr. Sonia Sarah Lypsic. Les différentes conférences organisées par Dr. Lipsyc sont de très haut niveau et répondent à un appétit d’un grand nombre de membres de notre communauté.

L’aide aux plus démunis est et restera un pilier fondamental pour notre population car nous allons chercher ceux qui ne s’adressent pas aux mécanismes d’aide traditionnels mais qui plutôt, passent par leurs institutions religieuses. Le programme Hessed, sous la tutelle de Yossi Suissa et Michael Goodman, réussissent année après année à recueillir des fonds pour les plus démunis. Le gala annuel Hessed a eu lieu dans un cadre magnifique, le Musée des Beaux-Arts. Le spectacle de musique classique a offert une performance de très haut niveau. Je voudrais aussi féliciter son président d’honneur, M. Daniel Assouline.

Dans un cadre qui combine l’aide aux vulnérables et Israël, la mission des Bar mitzvot dirigée depuis 13 ans par mon grand ami Marcel Elbaz est devenue un modèle exceptionnel d’exécution et d’accomplissement. Grâce à ce projet, 70 enfants de Beer Sheva peuvent célébrer leur bar mitzvah. Les participants de cette mission reviennent chaque année chargés d’émotion et du sens du devoir accompli.

Les événements de collecte de fonds et sportifs avec une touche sépharade ont connu un fier succès tout en rencontrant leurs objectifs stratégiques et financiers.
Je voudrais débuter par notre traditionnel tournoi de golf qui a toujours lieu dans un cadre magique et qui allie l’esprit sportif tel que promu par le Baron Pierre de Coubertin qui dit que l’essentiel est de participer à la joie de vivre, aspect très sépharade. Ainsi lors des parcours, nos joueurs ont pu se délecter de plats typiques et être invités à trinquer avec moi. Je me dois de féliciter Simon Librati et Dan Derhy, nos deux derniers présidents et souhaiter un grand Mazal Tov à notre prochain président Jacki Golbert qui agira de concert avec Dan Derhy. Comme tous nos programmes, celui-ci nous a permis d’identifier de futurs leaders et a été un franc succès financier.

Le tournoi de Tennis & Squash, une activité de levée de fonds délaissée depuis quelques années, a été reprise de façon professionnelle par un comité présidé par Frédéric Dayan.

Si les événements sportifs nous aident à préparer la relève, il nous faut aussi considérer la génération des plus jeunes. Après une diminution constante d’inscriptions pour le camp d’été pour les jeunes, nous avons revu notre stratégie et nous nous sommes rapprochés des structures communautaires. Ainsi, le camp Benyamin s’est installé sur les deux campus de l’école Maimonide et a connu une fréquentation record.

Nous préparons aussi la relève avec un voyage en Israël pour les adolescents. Ce voyage tisse des liens entre eux et avec des Israéliens de leur âge. Le dernier voyage a eu lieu en pleine guerre de Gaza et nous avons dû avoir une programmation élastique pour leur assurer une sécurité maximale. Je me dois de saluer les parents qui nous ont fait confiance et avec qui nous étions en relation constante. Personnellement, cela me remet en mémoire les nombreux courriels et conversations téléphoniques avec des parents inquiets alors que j’étais en pleine Shiva pour ma mère. Assis sur le sofa qu’elle utilisait quotidiennement, j’étais au téléphone avec Israël, la sécurité, le consulat et les parents. Je ne peux imaginer plus noble mission pendant une Shiva que celle-ci.

Une communauté ne peut se bâtir sans une relève et sans un programme de recrutement de leadership.

Le programme de leadership, fleuron de la CSUQ, reste très actif avec les co-présidents Patrick Bensoussan et David Ohayon par leurs activités de formation, d’activités sociales et le voyage retour aux sources en Espagne et au Portugal. Un voyage identitaire qui a permis aux 20 participants de remonter aux sources de leur identité sépharade.

Nos relations avec les instances politiques n’ont jamais été aussi bonnes et ce, sur les trois paliers gouvernementaux. Avec le gouvernement fédéral, nous avons travaillé sur des programmes de vivre ensemble et qui se sont traduits par une annonce faite par le Ministre Jason Kenney, ministre de la Défense nationale et ministre du multiculturalisme, nommant la Communauté Sépharade comme un acteur majeur dans le vivre ensemble.
Au niveau municipal, la CSUQ a participé à une table de concertation à huis clos avec le maire de Montréal, M. Denis Coderre sur le combat contre l’antisémitisme et je me dois de remercier et féliciter M. Lionel Perez, conseiller municipal et membre du comité exécutif pour son travail et son professionnalisme.

Tous nos dossiers de répresentation ont été gérés par Raphael Assor et je le remercie pour son dévouement et sa qualité d’écoute et d’analyse. Avec lui et Robert Abitbol, nous avons passé de nombreuses heures de discussion pour qu’il intègre la ligne générale de notre stratégie et je ne peux leur dire que bravo.

J’ai débuté par les finances et je finis mon analyse sur le même volet. Si nous avons restructuré nos finances, nous avons aussi pensé à l’avenir et à la pérennité de certains de nos programmes. La Fondation CSUQ — Banque Nationale a rencontré tous ses objectifs de ramasser 500 000 $ en cinq ans qui ont été jumelés avec un don de 500 000 $ sur 5 ans de la Banque Nationale. Cette Fondation est gérée par la Fondation Communautaire Juive et les revenus annuels de 5 % seront utilisés pour la jeunesse. Encore une fois, nous devons ce fier succès à un homme de talent, en l’occurrence mon grand ami Armand Afilalo, Président de la

Fondation. En fait, Armand s’est engagé à dépasser ses objectifs et à continuer à bâtir cette Fondation.

La résidence Salomon, institution destinée aux personnes âgées continue à être une priorité pour son président Marc Kakon. Celui-ci, homme dévoué à la cause, assurera sa pérennité avec la création de la Fondation Salomon. Après avoir passé en revue nos différents programmes, j’aimerais partager avec vous certaines réflexions et analyses basées sur mon expérience de communautaire qui a eu la chance d’être impliqué dans les plus grands dossiers.

La communauté sépharade est en ébullition et en métamorphose. Plusieurs membres de notre communauté ont réussi brillamment dans beaucoup de domaines et ce, en moins de 50 ans. Que ce soit dans les affaires, les professions libérales, les sciences, la médecine, l’économie qui nous illumine, la littérature, la politique, les arts, nous sommes présents. Cela est excitant et présente un défi en même temps car il va nous falloir mieux comprendre ce qui motive cette génération née ici et qui représente 50 % de la population sépharade.

Les pages que vous allez lire dans cette édition ont essayé d’aborder cette problématique de l’identité et de sa transmission d’un modèle nord-africain à un modèle nord-américain. Il va nous falloir investir dans des études sociales très pointues pour nous préparer à une vision de la communauté sépharade dans 20 ans et quel rôle elle jouera. Il ne fait aucun doute dans ma tête que l’identité sépharade doit être conservée, développée et transmise car elle apportera beaucoup par sa richesse à la communauté « at large ».

Les deux dernières années m’ont beaucoup apporté et je remercie du fond du cœur tous ceux avec qui j’ai travaillé.

Comme vous le savez, les événements de fin de mandat n’ont pas mené à une nouvelle présidence et ont étendu mon mandat de 6 mois. Je souhaite à la prochaine équipe deux autres années aussi excitantes, performantes et enrichissantes que les deux dernières l’ont été pour moi.

Je profite donc de ce moment pour remercier les membres de mon exécutif et de mon C.A. qui m’ont supporté dans des moments difficiles et pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux membres du C.A. Je leur demande la même objectivité et l’esprit d’analyse non partisan que l’équipe précédente car l’avenir ne réside pas dans le statu quo, mais dans le courage de prendre des décisions difficiles.

Je voudrais remercier toute l’équipe de la CSUQ et ayant déjà mentionné Danielle et Sonia, je voudrais souligner le plaisir que j’ai eu de travailler avec Agnès et son sourire, Charlie et son multi tasking, Toby et ses chiffres, Michaela à l’administration, Christina au graphisme, Sarah dans les comptes, Benjamin l’homme-orchestre, Sabine la chef de mission, Chantale à la réception et Éric à la jeunesse.

Pour couronner le tout, un grand merci à un homme qui a pris son envol et qui a navigué plusieurs tempêtes sans jamais perdre le cap, mon ami Robert Abitbol.

Sylvain Abitbol
Président, CSUQ